À moins de six mois de l’élection présidentielle aux États-Unis, plus que jamais, la crise reliée à la pandémie de COVID-19 et l’état inquiétant de l’économie s’imposent dans le débat politique et le choix des électeurs américains le 3 novembre prochain. Plus de 90 000 morts dus au coronavirus et au-delà de 36 millions de nouveaux chômeurs ont changé la donne.

John Parisella John Parisella
Professeur invité au CERIUM, ancien délégué général du Québec (New York et Washington) et conseiller spécial chez National

Le président Trump, qui s’est tant vanté d’avoir fait de l’économie américaine la plus performante de l’histoire de son pays, doit maintenant composer avec l’évidence : cela ne semble plus aujourd’hui qu’un souvenir lointain…

Depuis quelques semaines, le débat politique tourne autour des impératifs de santé publique et l’appui grandissant au déconfinement et à la réouverture de l’économie américaine, malgré les risques appréhendés. Les différends entre l’occupant de la Maison-Blanche et l’influent directeur de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses, le DAnthony Fauci, occupent de plus en plus de place dans les médias.

Obama s’invite dans le débat

Tout récemment, l’ancien président Barack Obama est sorti de son mutisme. Il s’est permis de commenter la gestion de la pandémie par Donald Trump et son administration. Sans mentionner le nom de Trump expressément, Obama a qualifié la performance de son successeur de « désastre chaotique absolu ». Samedi dernier, lors d’une cérémonie de remise de diplômes virtuelle, Obama en a rajouté en affirmant que des hauts placés dans l’entourage du président Trump étaient carrément « inconscients de leurs ratés ».

Visiblement en colère à la suite de cette intervention largement rapportée dans la presse américaine, le président Trump a sans surprise attaqué son prédécesseur, le qualifiant de président « incompétent ».

Il lui a même reproché d’avoir fomenté un complot contre sa présidence (l’affaire Michael Flynn), qualifiant l’affaire d’« Obamagate » dans les réseaux sociaux.

L’obsession de Trump

Il faut remonter à 2008 pour constater à quel point Donald Trump semble obsédé par Barack Obama. Lors de la première course de ce dernier à la présidence, le milliardaire de l’immobilier s’était associé au mouvement birther qui remettait en question le lieu de naissance et l’éligibilité du candidat Obama à occuper la Maison-Blanche.

Depuis son élection en 2016, Donald Trump s’est attaqué aux accomplissements de son prédécesseur comme la négociation de l’entente de libre-échange avec l’Asie-Pacifique (PTP), l’accord de Paris sur les changements climatiques, l’accord sur l’Iran et le nucléaire et l’Obamacare, pour ne nommer que ceux-là.

Et depuis le début de la pandémie, voilà que Trump blâme Obama pour le manque de préparation et d’équipements médicaux pour faire face à la crise…

L’arrivée de l’ancien vice-président Joe Biden comme rival en novembre prochain ajoute à son obsession anti-Obama.

La stratégie des démocrates

Force est de reconnaître que la gestion de la pandémie par l’administration Trump est actuellement l’objet de vives critiques qui se font ressentir dans les sondages. Alors que plusieurs gouverneurs (souvent démocrates) ont vu leur taux d’approbation augmenter substantiellement pendant cette crise, à l’opposé, la performance de Trump n’a pas fait grimper ses appuis.

Depuis plus de deux semaines, le président a cessé ses points de presse quotidiens qui s’étaient transformés en lieu d’affrontement avec les médias et ses adversaires. De toute façon, ses déclarations souvent controversées ne faisaient qu’ajouter à la confusion dans sa gestion de la crise.

À l’évidence, les démocrates et leur présumé candidat Joe Biden souhaitent justement faire de l’élection du 3 novembre un référendum sur la gestion de la pandémie par l’administration Trump.

D’autant plus que certains sondages montrent que le président et le Parti républicain sont aussi devenus vulnérables dans leur quête de maintenir le contrôle du Sénat.

Actuellement, sur 33 sièges en jeu au Sénat, 23 sont occupés par des républicains et certains risquent de basculer dans le camp démocrate (à suivre : la Caroline du Nord, l’Arizona, le Maine et le Colorado), ce qui pourrait signifier que le contrôle du Sénat tombe aux mains de ce dernier.

Dans les prochaines semaines, Biden aura à choisir sa colistière (il a promis d’arrêter son choix sur une femme), ce qui aura une importance capitale et pourrait constituer un facteur important dans les États cibles et l’éventuel contrôle du Sénat.

La plupart des sondages récents indiquent que le candidat Biden performe plutôt bien dans trois États clés (Michigan, Wisconsin et Pennsylvanie), États qui furent déterminants dans la victoire de Trump contre Hillary Clinton en 2016.

L’arrivée de Barack Obama a maintenant comme effet de créer l’unité parmi les démocrates et susciter leur enthousiasme. Il faut reconnaître qu’Obama reste de loin le politicien le plus populaire et le plus rassembleur au sein de son parti.

On peut aussi prévoir que le duo Biden-Obama (version 2020) nous rappellera sa performance lors de la crise économique de 2007-2008.

La contrepartie de Trump

Depuis son entrée en politique, l’ancien animateur de téléréalité Trump a démontré un grand talent à distraire et à transformer en sa faveur des débats qui le désavantagent. On le voit encore aujourd’hui alors qu’il lève le ton contre la Chine relativement aux origines du coronavirus, qu’il qualifie l’attitude de Biden et d’Obama envers la Chine de « molle » et qu’il attaque l’influence de la Chine sur l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour sa gestion de la pandémie.

Relativement à la Chine, Trump menace d’ailleurs de transformer de façon radicale les relations diplomatiques entre les États-Unis et cette puissance. On devine déjà qu’il veut faire de la prochaine élection présidentielle un référendum sur ce pays tout en s’associant avec le mouvement grandissant en faveur de la réouverture de l’économie.

Même s’il est difficile à ce stade-ci de prédire si le scrutin de novembre constituera un référendum sur la gestion de Trump de la pandémie ou sur la Chine, on peut prévoir avec certitude que Barack Obama sera très présent et peut-être même déterminant lors de la campagne présidentielle.

* John Parisella est conseiller spécial chez National.