Si on pensait qu’avec l’annulation des grands festivals jusqu’à la fin d’août, les villes seraient dévitalisées et la possibilité de profiter de l’été serait compromise, c’est pourtant l’inverse qui se dessine. Les parcs seront probablement bondés, et on annonce des rues commerciales piétonnes dans plusieurs arrondissements. 

Jérôme Glad  Jérôme Glad 
Cofondateur de la Pépinière 

Rarement les réflexions autour de l’espace public n’auront suscité autant d’intérêt. Et pour cause, il sera la clé d’un déconfinement réussi : toute activité qui peut se tenir à l’extérieur en maintenant les distances devrait être encouragée, autant pour la santé physique et mentale des gens, que pour celle de l’économie locale.

Parmi les phénomènes de réappropriation de l’espace public, on voit déjà de nombreuses villes se transformer en immenses terrasses pour permettre aux restaurateurs de survivre. Voici un aperçu de quelques innovations qui pourraient émerger et venir au secours de la vitalité sociale, commerciale et culturelle de nos quartiers.

De grandes terrasses de cuisine de rue dans les parcs

Même dans les villes où les restaurants peuvent rouvrir, le service aux tables sera difficilement envisageable. Les commandes à emporter sur de grandes terrasses publiques dans les parcs rendraient ainsi l’expérience plus conviviale. On pourrait aussi observer une recrudescence de la cuisine de rue ou une démultiplication du modèle du « panier pique-nique », popularisé par la Dinette Triple Crown à Montréal. Pour soutenir cette nouvelle typologie, des halles de marchés constitueraient une solution simple et peu coûteuse pouvant servir de point de service à de multiples restaurateurs.

Des marchés de commerçants locaux

Au-delà de la cuisine de rue, pourquoi ne pas utiliser les places et parcs pour créer des marchés regroupant tous types de commerces locaux ? Si vous pouviez retrouver une diversité de petits commerçants de votre quartier dans un même endroit, dans un parc où la distanciation est plus conviviale, iriez-vous là plutôt que dans les grandes surfaces ?

De manière générale, le commerce local ayant pignon sur rue doit se réinventer cet été pour survivre. De tels marchés pourraient jouer un rôle important pour unir les forces des commerçants de quartier, en créant de petits centres commerciaux à ciel ouvert qui offrent une nouvelle vitrine à l’achat local. Un lieu où on retrouverait le libraire du coin, le magasin de jouets, la boulangerie, le fleuriste, l’épicerie fine, autant de commerces qui créeront facilement du lien là où les gens se trouvent.

Ces marchés pourraient se coupler à de grandes terrasses dans les parcs et rythmer une nouvelle forme de vie de quartier, servant successivement de foire commerciale, de marché fermier, d’espace de travail, d’aire de pique-nique, puis de buvette en soirée. Et ces lieux pourraient devenir des plateformes de diffusion à petite échelle pour la culture locale.

La culture hors les murs

Ces espaces publics pourraient également accueillir de petits spectacles, pour pallier la perte drastique d’espaces intérieurs de diffusion culturelle. À ce titre, on peut prévoir que les ciné-parcs seront très populaires cet été, les voitures permettant de maintenir la distanciation. Mais les gens n’ont pas besoin de leur auto pour réussir à garder leur distance : la majorité de la population a démontré sa capacité à respecter les règles dans les parcs jusqu’à maintenant.

Alors pourquoi ne pas opter pour une stratégie similaire dans l’espace public ? Comme le cinéma qui sort des murs, faisons sortir l’heure du conte de la bibliothèque, le théâtre du théâtre. Profitons de concerts dans les parcs en pique-niquant, sans s’entasser. Occupons les parvis de centres culturels, les terrains de bibliothèques, les friches ou même les terrains de baseball délaissés, qui ont en prime déjà la forme d’amphithéâtres avec une scène à l’extrémité.

La démultiplication de places, parcs et plages temporaires

On l’a constaté lors des belles journées de ce printemps : il y aura un énorme besoin d’espaces pour sortir cet été, tout en gardant ses distances. Au-delà des parcs existants, il faudra être ingénieux pour créer des « pop up » parcs, places, plages, et pour utiliser les cours d’écoles, les terrains de sports, les friches ou les grands stationnements. Il y a plusieurs manières de se réapproprier ces terrains sous-exploités et de les valoriser pour le grand public pour qu’ils puissent devenir de grandes terrasses, des marchés fermiers et des espaces culturels extérieurs. On peut d’ailleurs s’inspirer d’une panoplie d’initiatives d’ici et d’ailleurs, faciles à déployer, qui peuvent améliorer la ville dans des délais records.

PHOTO FOURNIE PAR LA PÉPINIÈRE

Un terrain de baseball avec des avis de fermeture pendant la pandémie de COVID-19

N’oublions pas qu’il existe de grandes disparités d’un quartier à l’autre, et qu’il faudra se pencher sur les enjeux des secteurs denses ou défavorisés, là où on retrouve des logements plus petits, ayant un accès restreint à l’extérieur ou dépourvus d’air conditionné. Des espaces publics innovants et réfléchis seront donc primordiaux pour offrir des îlots de fraîcheur à la population durant les grandes chaleurs. Cela sera d’autant plus vrai pour les populations vulnérables, pour qui des lieux publics vivants sont essentiels.