Afin qu’il n’y ait pas d’équivoque sur le sens de mon texte, je veux exprimer mon admiration à l’égard de François Legault pour sa gestion de la crise du coronavirus et sa capacité à communiquer avec sincérité et empathie avec l’ensemble des citoyens.

Claude Castonguay Claude Castonguay
Collaboration spéciale

Au moment d’écrire ces lignes, le gouvernement juge la situation critique dans les CHSLD et s’est vu dans l’obligation de redéployer vers ces établissements des médecins, des infirmières, d’autre personnel et même l’armée afin de contrôler la situation.

Depuis le début de la crise, plus de la moitié des décès dus au coronavirus sont survenus dans des CHSLD. Parmi les personnes décédées, 89 % étaient âgées de 70 ans et plus. On rapporte que plus de 800 établissements pour personnes âgées abritent des personnes atteintes par le virus. Par contre, la propagation du virus a frappé durement un certain nombre de CHSLD qui ont nettement été débordés. 

Pour une société qui se veut égalitaire et compatissante, la situation mise en lumière par le coronavirus est une véritable tragédie humaine. Pour mieux comprendre comment nous en sommes arrivés là, une brève présentation de cet élément de notre système de santé que constituent les CHSLD est nécessaire.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

« Notre attitude envers les personnes âgées constitue un véritable trait culturel », estime l’auteur.

Les CHSLD sont les descendants des hospices dont le rôle consistait à recevoir les vieillards démunis ou atteints de maladies chroniques. Ils n’ont d’hôpital que le nom. Leur mission, telle que définie dans la loi, est la même que celle des hospices, soit d’offrir un milieu de vie aux adultes qui ne peuvent demeurer dans leur milieu naturel de vie en raison de leur perte d’autonomie.

Il n’y a jamais eu de débat public sur la mission des CHSLD et ils ne font l’objet d’aucune véritable politique. En fait, ils se sont développés graduellement au cours des années en conservant toujours la même mission et sont demeurés le parent pauvre de notre système public de santé. Ce qui fait en sorte que bien des personnes sont admises dans un CHSLD, non pas pour le traitement de maladies chroniques, mais plutôt parce qu’elles n’ont d’autre choix. Quant aux CHSLD privés, le gouvernement est largement responsable de leurs déficiences par l’achat de places à des tarifs nettement trop bas.

Dans les faits, dès qu’une personne est admise dans un CHSLD, elle n’y va pas pour guérir. Elle s’engage plutôt dans un long processus irréversible dans lequel elle perd son autonomie et devient totalement dépendante du personnel de l’établissement. Selon plusieurs médecins et organismes, et comme j’ai pu le constater, les patients des CHSLD sont gavés de médicaments, notamment d’antidépresseurs.

En définitive, notre société a fait des CHSLD des établissements dans lesquels nous plaçons les personnes les plus vulnérables loin de nos yeux et de nos préoccupations.

Ce qui nous permet de les oublier tout en ayant bonne conscience. Nous sommes devant une situation honteuse et inacceptable, devant des années de négligence.

Sur cette question comme dans plusieurs, nous nous distinguons des autres. Le Québec compte en effet une proportion beaucoup plus élevée de personnes en CHSLD et en résidence pour personnes âgées que les autres provinces canadiennes et les pays de l’OCDE. Notre attitude envers les personnes âgées constitue un véritable trait culturel.

La pandémie a mis en lumière le fait que nous n’étions pas prêts à confronter une épidémie virale sévère malgré le caractère prévisible d’une telle menace. À tel point que le gouvernement a admis avoir perdu pendant un temps le contrôle de la situation. Ce qui soulève deux grandes questions de nature totalement différente l’une de l’autre.

La première, comment se préparer pour faire face à la prochaine crise, car l’épidémie du coronavirus n’est pas la dernière. Il sera notamment nécessaire d’identifier les actions prises dans les pays et les juridictions démocratiques qui ont réussi à contrôler l’étendue de l’épidémie et limiter les dommages.

Pour répondre à la deuxième question, à mon avis une sérieuse réflexion est plus que due. Alors que la cause première du nombre élevé des décès se produit dans les CHSLD, ce n’est pas le moment de vouloir en construire davantage même s’ils sont plus grands et plus luxueux. Il ne faudrait pas qu’une fois de plus l’on trouve la solution dans la brique et le béton. Et ne pas oublier non plus que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Le moment est plutôt venu de s’engager dans la voie d’une politique pour les personnes âgées. Une politique qui reconnaît que la grande majorité des personnes âgées sont autonomes et souhaitent vivement le demeurer. En d’autres termes, qu’elles veulent demeurer aussi longtemps que possible dans leur domicile.

Au lieu d’être axée sur l’hébergement en CHSLD, la nouvelle politique devrait viser le maintien à domicile.

C’est d’ailleurs dans une telle voie que la France s’engage de même que nos voisins ontariens.

Ce qui implique en premier lieu de réorienter les CHSLD vers leur mission hospitalière de traitement des personnes aux prises avec une perte d’autonomie. De reconfirmer les CLSC dans leur mission première avec des ressources financières appropriées. De favoriser le développement de centres de jour. De reconnaître le statut des aidants naturels et leur droit à une rémunération financière en accord avec leur rôle essentiel.

Il faut de plus être conscient qu’une telle orientation est clairement justifiée sur le plan financier. En effet, il en coûte de deux à trois fois plus pour une personne en CHSLD que pour une personne à domicile.

Au lendemain de la pandémie, le Québec va devoir s’engager dans l’établissement d’une politique axée sur la volonté des personnes âgées de demeurer autonomes le plus longtemps possible.