Entre le décrochage et la persévérance : plaidoyer pour les jeunes

Gabriel Bran Lopez Gabriel Bran Lopez
Président fondateur de Fusion Jeunesse, cofondateur de Robotique FIRST Québec et ex-président de la Jeune Chambre de commerce de Montréal

À travers le monde, une question revient souvent : est-ce que les jeunes pourront ou voudront revenir à l’école ? Lundi, nous avons appris que seules les écoles préscolaires et primaires rouvriront au mois de mai.

Après avoir parlé avec des parents, des enseignants et des directions d’établissements, je me suis posé une autre question : est-ce que les jeunes du secondaire pourront ou voudront poursuivre leurs apprentissages ?

Quel que soit leur milieu socioéconomique, les réponses déchirantes sont souvent unanimes : nos enfants, nos élèves se démotivent toujours davantage. De plus, un sondage CROP a révélé la semaine dernière des résultats alarmants sur l’état psychologique et émotionnel de ces derniers.

Combien de jeunes pensent ne plus voir la lumière au bout du tunnel ? Combien voudront lâcher parce qu’ils sont découragés de devoir rattraper toutes ces matières ou parce qu’ils sont blasés ou anxieux après tant de semaines de confinement ? Dans quel état d’esprit et avec quel degré de motivation remonteront-ils sur le bloc de départ après le coup de sifflet ? Auront-ils la conviction d’avoir la capacité de continuer malgré un possible sentiment d’iniquité ?

Agir maintenant

Force est d’admettre qu’il faut agir maintenant, car le décrochage scolaire est plus que jamais une importante menace, tant à court terme pour nos finissants confrontés à l’incertitude qu’à moyen terme pour les plus jeunes pris dans un tourbillon de confusion.

Je vous pose donc une question : si vous aviez la chance de parler à un jeune démotivé, que lui diriez-vous ?

Nous avons, inévitablement, toutes et tous des questionnements ou des appréhensions concernant la suite de cette crise.

Je me mets dans les souliers de ces milliers d’adolescents confinés, qui doivent eux-mêmes se poser des questions sur leur propre avenir et, tout comme nous, ils ont des doutes.

Depuis 10 ans, le Québec a fait des avancées énormes pour enrayer le décrochage scolaire. N’oublions pas qu’en 2009, feu Jacques Ménard avait lancé un grand mouvement en déclarant ceci : « Pour y arriver, il va falloir absolument que le soutien à la persévérance et à la réussite scolaires devienne l’affaire de toute la société. » Son plan d’action a porté fruit, et ce, grâce à l’implication de toute la communauté. Cette grande responsabilité sociétale doit impérativement demeurer pendant et après cette pandémie.

Nous ne saisissons toujours pas l’impact ultime qu’aura la crise de la COVID-19 sur nos vies, nos écoles, nos entreprises, notre quotidien. Une chose est certaine, nous ne devons surtout pas oublier que ce sera cette nouvelle génération, présentement angoissée et privée de son école traditionnelle, qui façonnera le Québec social, culturel, économique et environnemental de demain. Nous devons les inspirer à poursuivre leurs études, axées sur l’application des compétences disciplinaires et sur le développement des compétences du futur. C’est ainsi que nous ferons d’eux de meilleurs citoyens, de bons employeurs et employés ou d’extraordinaires entrepreneurs, responsables, créatifs et éthiques.

Si j’avais un jeune démotivé devant moi, je lui dirais : « C’est toi qui vas changer le monde. C’est toi qui vas créer ou occuper les emplois de demain, et peut-être même ceux qui n’existent pas encore ! T’as envie de devenir designer de mode, cinéaste, programmeur de jeux vidéo ou ingénieur en robotique ? T’as envie de travailler dans le domaine de l’intelligence artificielle, des musées ou de l’architecture ? Si oui, écris-nous ! »

Mais lâche pas, persévère ! 

* L’auteur est également ex-président de la Jeune Chambre de commerce de Montréal.