Lorsqu’une crise à l’échelle planétaire éclate, le président des États-Unis est, règle générale, appelé à jouer un rôle de premier plan. Considérant l’influence de l’Amérique sur la scène internationale depuis la Seconde Guerre mondiale, la mise en place des institutions internationales, la nécessité d’intervenir sur le plan multilatéral… le président et son pays deviennent très souvent le point de mire des autres nations sur la planète.

John Parisella John Parisella
Professeur invité au CERIUM, ancien délégué général du Québec (New York et Washington) et conseiller spécial chez National

À titre d’exemple, le leadership américain sous différents présidents a exercé des initiatives en matière de contrôle des armes nucléaires, de lutte contre le terrorisme, de réduction de la pauvreté dans les pays en voie de développement, d’actions contre les changements climatiques et de gestion face à la récession économique de 2008-2009. Cette pandémie n’y fait pas exception.

Cela étant dit, les hésitations et la lente réaction de l’administration Trump au début de la crise du coronavirus ont pu créer un vacuum sur le plan du leadership américain. Conséquemment, ce sont les gouverneurs des États qui ont dû agir rapidement quand le virus a commencé à se propager au sein de leur population.

La Californie, l’État de Washington, certains États du nord-est et du sud du pays ont été progressivement confrontés à de nombreux cas d’infection à la COVID-19 nécessitant l’accès aux soins de santé (qui furent rapidement surchargés), aux équipements médicaux et aux mesures de dépistage. Les gouverneurs se sont vite transformés en premiers répondants politiques à cette crise. Certains d’entre eux en sont devenus les principaux porte-parole auprès des médias.

De son côté, l’administration Trump s’est engagée graduellement en établissant un comité de coordination de crise. Depuis, la Maison-Blanche travaille plus étroitement avec les gouverneurs pour répondre à leurs besoins grandissants. Mais malgré tout, ce sont ces derniers qui continuent de mener les opérations en matière de confinement et de soins de santé. Et aujourd’hui, ils sont en voie de préparer la reprise progressive des activités économiques dans leurs États respectifs.

De façon générale, les Américains apprécient le rôle de leur gouverneur. Certains d’entre eux, qu’ils soient républicains ou démocrates, se sont particulièrement démarqués au cours des dernières semaines. C’est le cas de Larry Hogan du Maryland, Gavin Newsom de la Californie, Jay Inslee de l’État de Washington, Gretchen Whitmer du Michigan et Andrew Cuomo de New York.

Selon un récent sondage, ces dirigeants à l’échelle locale ont d’ailleurs enregistré une hausse de plus de 20 % en moyenne de leur taux de popularité, pendant que le président Trump, lui, récoltait une augmentation de seulement 1 %.

Cuomo « prend sa place »

Depuis le début de cette crise, le gouverneur Andrew Cuomo se livre à un bilan quotidien de l’impact du coronavirus sur l’ensemble de sa population. Ses conférences de presse sont présentées sur les grandes chaînes de télévision nationale puisque l’État de New York (et particulièrement sa mégapole) demeure l’épicentre de la COVID-19 aux États-Unis, autant en termes de nombre de cas que d’hospitalisations et de morts. C’est sans compter que son État enregistre le plus grand nombre de personnes infectées que n’importe quel autre territoire dans le monde.

Les excellentes prestations médiatiques du gouverneur Cuomo alimentent à l’occasion les spéculations relativement à une éventuelle candidature de sa part à la présidence du côté démocrate.

Et ce, aussi tôt que cet automne. Cela ne se produira pas. Mais force est d’admettre que sa performance est marquante. Certains diraient même inspirante.

Cuomo utilise une approche pédagogique et s’appuie sur la science et les faits objectifs liés à la santé et au virus. Il exprime de l’empathie, de la compassion et invite sa population à se responsabiliser en matière de santé. Il est à la fois humain et optimiste, mais aussi réaliste quant aux mesures à venir pour un retour à une vie plus normale. Il est également favorable à une réouverture progressive de l’économie dans son État.

Contrairement au style Trump, la méthode Cuomo évite l’affrontement partisan, sans faire preuve de complaisance. Trump devrait d’ailleurs s’en inspirer…

Lorsque le gouverneur Cuomo constate une mesure favorable venant du gouvernement fédéral, il l’admet d’emblée. S’il ressent le besoin de remettre le président Trump à sa place, il n’hésite pas.

Trump inquiet ?

Le président Trump se livre aussi à des points de presse quotidiens, mais leur impact semble de plus en plus mitigé. Pour plusieurs observateurs, il utilise cette tribune médiatique pour mousser ses chances en vue du rendez-vous électoral du 3 novembre.

Très souvent, Trump en profite pour régler ses comptes avec les médias (« fake news »), attaquer ses adversaires, comme Joe Biden et Nancy Pelosi, et pour nous rappeler son bilan en matière économique précoronavirus (exemple, un taux de chômage à seulement 3,5 %).

Trump peut même s’aventurer à suggérer des traitements potentiels, comme ce fut le cas la semaine dernière, lorsqu’il a parlé de l’injection de désinfectants commerciaux dans le corps humain. Ce qui a suscité une levée de boucliers dans le monde médical.

On se souvient que pour se faire élire en 2016, Trump avait utilisé un style imprévisible, avec un discours populiste et de confrontation. Depuis, il a gouverné de cette façon. Et sa base électorale continue de lui être fidèle.

Mais en temps de crise – et en particulier lorsqu’elle dépasse les frontières américaines –, le peuple américain s’attend à plus de stabilité et souhaite une approche qui unifie. Bref, la méthode Cuomo.

Même s’il est trop tôt pour dire si la gestion de cette crise par le président Trump le rendra plus vulnérable en vue des élections de novembre, force est de constater que ces derniers jours, il paraît inquiet. Et il a raison de l’être.