La pandémie à laquelle notre société fait face a un impact négatif sérieux sur la sécurité d’emploi des travailleurs de l’énergie qui sont présentement confrontés à des situations extrêmement difficiles. Et si le secteur des énergies fossiles subit à l’évidence les conséquences de cette crise sanitaire, les travailleurs et travailleuses du domaine de l’électricité, des énergies propres et de l’électrification des transports en subissent également les contrecoups. 

Daniel Breton Daniel Breton
Président et directeur-général de Mobilité Électrique Canada, et trois autres signataires* 

Nous assistons ces jours-ci à des baisses de consommation d’électricité historiques (plus de 50 millions de pertes de revenus en cinq semaines pour Hydro-Québec pour le marché québecois uniquement), des annulations de commandes ou des reports de livraison de véhicules légers et lourds électriques, ainsi que l’arrêt d’installation d’infrastructures en énergies propres et en électrification des transports.

Des emplois de qualité… et d’avenir

Peu de gens le savent, mais selon Ressources naturelles Canada, 60 % plus de Canadiens travaillent directement dans le secteur de l’électricité que dans le secteur de l’extraction du pétrole et du gaz. Qui plus est, selon le document « Tracking the energy revolution 2019 » publié l’automne dernier par Clean Energy Canada : 

– environ 300 000 personnes travaillent maintenant dans le secteur des énergies propres au Canada ;

– ce nombre devrait presque doubler d’ici 2030, avec une projection de 559 400 emplois ;

– près de la moitié d’entre eux seront dans les transports propres : 262 600 emplois ;

– alors que le PIB moyen au Canada croît d’environ 1,5 % par an, celui des énergies et des transports propres croît au rythme de 3,4 % par an, ce qui signifie une croissance qui passera de 54,9 milliards au début de l’année 2020 à 77,4 milliards en 2030.

De plus, selon le dernier rapport de Santé Canada, « la valeur économique totale des impacts sanitaires liés à la pollution de l’air se chiffre à environ 114 milliards de dollars ».

Ainsi, des milliers d’entreprises d’ici conçoivent, développent et commercialisent des technologies innovantes dans le secteur des énergies et des transports propres un peu partout au Québec et au Canada, ce qui crée des milliers d’emplois… tout en diminuant les émissions de GES et la pollution atmosphérique.

Prenons pour exemple l’entreprise québécoise Électrique Lion, qui construit des autobus et des camions électriques. Celle-ci crée des milliers d’emplois partout au pays en s’approvisionnant auprès de plus de 150 entreprises québécoises et 100 entreprises ailleurs au Canada.

Or, un bon nombre de ces emplois sont aujourd’hui en péril, car de nombreuses PME ainsi que de grandes entreprises sont confrontées à des arrêts de travail et des difficultés économiques, ce qui fragilise leur viabilité ainsi que la transition vers les énergies et les transports propres. Pour ajouter à cette incertitude, le prix du pétrole est actuellement à un creux historique, ce qui nuit aussi à la transition énergétique partout au pays.

Changements climatiques : des objectifs à atteindre

Alors que le Québec et le Canada se sont fixé des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), les chiffres publiés il y a quelques jours à peine par Environnement et Changement climatique Canada ont malheureusement confirmé que les émissions de GES du Québec et du Canada ont encore augmenté en 2018 par rapport à 2017, nous éloignant un peu plus de l’atteinte nos objectifs. En effet : 

– les émissions de GES de l’exploitation gazière et pétrolière ne cessent de croître au Canada : + 82 % entre 1990 et 2018 ;

– les émissions de GES des transports aussi continuent à augmenter au Canada : + 53 % entre 1990 et 2018 ;

– entre 2017 et 2018, les émissions de GES des transports (+ 7,3 Mt) ont augmenté presque deux fois plus rapidement que celles de l’exploitation gazière et pétrolière (+ 4,1 Mt) au Canada.

Si nous laissons cette crise ralentir, voire stopper la transition énergétique au Québec et au Canada, cela pourrait à la fois nuire à nos objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre… et à l’avenir de notre industrie.

Les gouvernements du Québec et du Canada soutiendront-ils la relance des entreprises impliquées dans les énergies propres et l’électrification des transports qui contribueront à créer des centaines de milliers d’emplois de qualité chez nous tout en améliorant notre environnement, ou nous retrouverons-nous dans quelques années avec une industrie qui s’est effondrée ici, ce qui nous forcera à importer tous ces produits, technologies et véhicules, déplaçant du coup ces emplois de qualité à l’étranger ?

La question est lancée.

* Cosignataires : Merran Smith, directrice exécutive, Clean Energy Canada ; Jean-François Nolet, vice-président, politiques publiques, affaires publiques et gouvernementales, Association canadienne de l’énergie éolienne ; et Ian Klesmer, directeur stratégies et subventions, The Atmospheric Fund