En ces temps difficiles, il faut faire en sorte que les familles restent unies et évitent une catastrophe dans les refuges

Élise Desaulniers Élise Desaulniers
Directrice générale de la SPCA de Montréal

Comme des milliers de Montréalais, Ariane cherche un logement pour le 1er juillet. Rien d’extravagant. Un 2 pièces et demie ou 3 pièces et demie, près d’un métro, à moins de 1000 $ par mois. En quelque 85 heures de recherche, elle a essuyé une centaine de refus. Son problème ? Elle a un chien.

Ariane n’est pas la seule dans cette situation. Selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), le taux d’inoccupation des logements locatifs est de 1,8 % au Québec et de seulement 1,5 % à Montréal, le plus bas depuis 2004.

Cette année, la pénurie de logements au Québec est amplifiée par les retards dans la construction, auxquels s’ajoutent les pertes de revenus causées par la pandémie pour plusieurs locataires. Trouver un logis dans ces conditions s’avère extrêmement difficile, et c’est pire encore – voire impossible – pour les familles qui ont un animal. En effet, selon des chiffres de 2015, seulement 4,2 % des propriétaires acceptent des locataires avec chien. Rien ne nous permet de croire que ces chiffres aient évolué.

Refuser un logement à une famille ayant un animal, c’est souvent la forcer à prendre une décision déchirante, soit celle d’abandonner son compagnon, qu’elle considère pourtant comme un membre de la famille.

Chaque année, on parle de la « crise des déménagements » qui se traduit par une hausse marquée des abandons dans les refuges autour du 1er juillet. Mais cette crise n’est pas causée par des gardiens sans cœur qui abandonnent leur animal derrière eux comme un vieux téléviseur. Elle est la conséquence directe du choix des propriétaires de refuser de louer aux familles qui ont des animaux.

S’adapter d’urgence à une situation hors du commun

La SPCA de Montréal a lancé un appel aux membres de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) pour leur demander de faire preuve de solidarité en permettant à ces familles d’emménager avec leur animal dans leur nouveau logement.

Sans ouverture de leur part, c’est une nouvelle catastrophe qui s’abattra sur de nombreuses familles ainsi que sur les refuges pour animaux comme le nôtre.

Les refuges animaliers fonctionnent présentement au ralenti, avec des effectifs réduits. Si les propriétaires de logements ne font pas preuve de souplesse, c’est un réel désastre qui nous attend très bientôt. Les propriétaires ont la clé pour prévenir une catastrophe en permettant aux familles de rester unies pendant la crise qui nous touche présentement.

La situation actuelle au Québec est inédite, et nous devons y faire face en nous rassemblant autour de nos valeurs communes : le bien-être, la compassion, le respect et la solidarité.

Rappelons que les propriétaires sont protégés par la loi. Les obligations des locataires demeurent les mêmes, qu’ils aient des animaux ou pas. Légalement, ceux-ci sont obligés de conserver leur logis en bon état et de respecter le droit à la jouissance paisible des lieux des autres locataires.