Malgré le tragique de la situation, la science en ce temps de pandémie planétaire prend plus de relief en termes de visibilité dans la société, de pertinence et d’importance aux yeux des milieux de décision et du grand public.

Rémi Quirion Rémi Quirion
Scientifique en chef du Québec

Qui aurait pu imaginer que la couverture médiatique de la science au Québec serait un jour plus visible que celle du Canadien de Montréal ! Dans un contexte de pandémie, la science et les solutions qu’elle offre suscitent beaucoup plus d’intérêt qu’en temps normal. La population se questionne sans arrêt au sujet de la COVID-19, et les médias font appel aux chercheurs pour nous expliquer les mille et une facettes de cette pandémie.

Et c’est très bien ainsi, car les circonstances actuelles, en contrepartie, alimentent la désinformation et les fausses nouvelles – qu’on pense aux théories du complot, aux remèdes miracles et autres informations plus ou moins douteuses. Les réseaux sociaux semblent constituer les principaux véhicules de cette « infodémie » qui menace la santé publique, comme le soutient l’Organisation mondiale de la santé. La communauté et les journalistes scientifiques investissent plus que jamais l’espace public pour mettre les pendules à l’heure.

Une science pertinente 

En plus des investissements supplémentaires des gouvernements en recherche orientée vers la découverte de solutions afin de maîtriser, voire d’éradiquer cet ennemi numéro un de la planète, la science en temps de pandémie se traduit par une collaboration sans précédent au sein de la communauté scientifique internationale : nous voici en pleine science ouverte en mode accéléré pour mettre au point rapidement des traitements antiviraux, des inhibiteurs pharmacologiques et des vaccins.

Dans ce contexte, le conseil scientifique au gouvernement est mis à contribution un peu partout dans le monde, dont au Québec. À titre de scientifique en chef, mon rôle-conseil auprès du ministre de l’Économie et de l’Innovation en matière de recherche et d’innovation s’étend à d’autres cabinets, que ce soit celui de la ministre de la Santé et des Services sociaux ou le bureau du premier ministre. Ce mandat se traduit entre autres par des avis aux cabinets et ministères, de même que par ma participation à des comités aux niveaux canadien et international.

La stratégie de la Santé publique de suspendre drastiquement une partie importante de l’activité économique, de façon à aplanir la courbe des cas sérieux d’infection, et d’imposer la distanciation physique et le confinement, tient compte d’avis scientifiques.

Comme l'a mentionné le premier ministre du Québec dans l’une de ses conférences de presse quotidiennes : « On a des scientifiques qui chaque jour nous font des recommandations. Je veux leur dire un énorme merci… » En temps de pandémie, la science met davantage en évidence sa pertinence pour éclairer les décisions des autorités.

Par ailleurs, dans un contexte où les gouvernements ont fermé leurs frontières et adopté leur propre politique sanitaire, la diplomatie a un rôle crucial à jouer, car ce nouvel enjeu planétaire nécessite des actions concertées entre les pays. Par ses valeurs d’ouverture, de collaboration, de partage des connaissances, la science peut contribuer positivement à assurer ces relations. Autrement dit, une diplomatie scientifique à l’échelle internationale serait tout indiquée pour contribuer à conjuguer les intérêts nationaux et la solidarité internationale. Dans cette optique, la création d’une instance multilatérale en matière de conseil scientifique aux gouvernements devient pertinente pour éclairer l’action concertée des pays en temps de pandémie, que ce soit celle de la COVID-19 ou les futures.

L’importance de la science pour relever de grands défis

Apprendrons-nous de la présente pandémie ? Étant donné les coûts humains, sociaux et économiques énormes, j’ose croire que oui, notamment sur le plan de la recherche. En effet, si le Québec est très présent en matière de recherche contre la COVID-19, c’est parce qu’il peut compter depuis de nombreuses années sur un écosystème de recherche public et privé performant, des expertises reconnues sur la scène internationale, et des centres et laboratoires de recherche de pointe ayant établi de fructueuses collaborations scientifiques internationales.

Le soutien à la recherche fondamentale, assuré par les gouvernements québécois et canadien depuis des décennies, nous permet aujourd’hui de faire face à cette crise avec plus de confiance et d’assurance, malgré l’incertitude et l’anxiété qu’elle génère.

Au sortir de cette crise, il faudra garder à l’esprit, malgré la difficile situation de l’économie et des finances publiques appréhendée, que les solutions à la pandémie de la COVID-19 et autres menaces du genre passent beaucoup par la science. Une science qui peut faire preuve de souplesse et d’agilité, et répondre rapidement aux besoins, que ce soit sur le plan de la santé publique, des approches thérapeutiques, des traitements antiviraux ou des vaccins.

Si les sciences de la santé jouent un rôle crucial en temps de pandémie, l’importance des sciences naturelles et du génie, notamment en intelligence artificielle et dans les technologies médicales, et des sciences sociales et humaines, entre autres sur le plan des impacts psychosociaux chez les aînés, de l’éducation ou de l’organisation du travail, se posera avec acuité en temps de post-pandémie. Les conséquences de la pandémie de COVID-19 se feront sentir dans les prochains mois et les prochaines années. Le Québec aura besoin de la recherche et de l’innovation sociale, en sciences et génie et en santé pour se relever de cette expérience collective sans précédent.