La savoureuse expression « l’avenir n’est plus ce qu’il était » vient en tête quand on suit le monde de l’énergie depuis la COVID-19.

Yvan Cliche Yvan Cliche
Fellow au CERIUM

Malgré qu’ils soient à leur écran chaque minute du jour pour prévoir les évolutions du secteur, les analystes spécialisés en énergie pétrolière n’avaient pas prévu que le prix du pétrole pouvait s’effondrer à ce point, pire, plonger dans des prix négatifs : imaginez, le vendeur vous paie pour que vous achetiez son baril de brut…

Une firme américaine spécialisée dans le suivi du marché pétrolier a dû tenir deux webinaires cette semaine, la même journée : l’un, prévu à l’avance, pour deviser sur les perspectives à très court terme de cette industrie en pleine apoplexie, puis un autre, d’urgence en fin d’après-midi, pour réviser complètement ses perspectives.

Dans ce contexte, qui peut vraiment prédire ce que l’avenir nous réserve dans ce secteur ?

Les experts en énergie aux États-Unis et en Europe rivalisent d’analyses, de webinaires et de balados pour tenter de cerner les impacts à moyen et à long terme de la COVID-19 sur ce secteur névralgique.

Dans le secteur pétrolier, d’aucuns voudraient que cette crise soit enfin le chant du cygne de cette industrie polluante, ciblée comme principale responsable de la crise climatique.

D’autres, au contraire, disent qu’il faut aider l’industrie à se remettre sur pied, car elle pourvoit à des milliers d’emplois, contribue à une richesse financière qu’il faut retrouver (au Canada : la péréquation) et que la transition du pétrole vers des énergies vertes demande un passage ordonné.

En matière d’énergie renouvelable, la crise va-t-elle favoriser ou contrer le progrès à long terme des énergies renouvelables ? débattent savamment les experts.

Certains disent que les budgets très serrés des gouvernements post-COVID-19 vont bloquer l’élan des énergies renouvelables, les gouvernements n’étant plus en mesure de maintenir les mesures pour favoriser leur progression.

D’autres disent, au contraire, qu’une brèche est ouverte, qu’il faut tirer profit de la crise actuelle pour investir massivement dans la transition énergétique et les nouveaux créneaux que cette industrie a fait émerger depuis une décennie.

Si on débat beaucoup sur ce que sera la vie post-COVID-19, mon expérience est que ces exercices sont en partie bien futiles en période de crise.

Beaucoup trop de variables nous sont encore inconnues, dont l’échéance de la découverte du fameux vaccin ou de possibles rebonds de la maladie.

Les politiques gouvernementales à venir, les progrès technologiques dont les effets sont souvent imprévus, des changements de valeurs, les humeurs variables du moment, autant d’inconnues qui ne nous permettent pas, encore plus dans les circonstances actuelles, de définir un scénario crédible plus d’un, deux, trois ans à l’avance.

Planifions avec doigté notre sortie de crise, maintenant et pour les prochains mois. Quant à ce que deviendra notre vie à moyen terme, notamment dans le secteur de l’énergie, je prédis que c’est comme la météo dans deux semaines au Québec : imprévisible.