L’industrie de la restauration est sans l’ombre d’un doute l’une des plus affectées par les mesures de distanciation physique présentement en vigueur.

Daniel Dufort Daniel Dufort
Directeur principal aux relations externes, communications et développement à l’Institut économique de Montréal

L’association Restaurants Canada a sondé ses membres et le constat est alarmant : 1 restaurant sur 10 a fermé pour de bon, et un autre 18 % menace de faire de même au cours des prochaines semaines. Au Québec, 175 000 emplois ont été perdus dans le secteur des services.

Pourtant, l’industrie de la restauration a généralement fait preuve de grande résilience face aux ralentissements économiques. Comme les gens continuent d’avoir besoin de se nourrir en période de récession, les restaurants étaient en mesure de mieux absorber le choc que d’autres entreprises. Or, les mesures de distanciation physique frappent l’industrie en plein cœur, et plus particulièrement les restaurants spécialisés dans le service aux tables.

Des restaurateurs tentent présentement de tirer leur épingle du jeu et de minimiser leurs pertes en ayant recours à des services de livraison et pour emporter. Mais de quelle façon les gouvernements pourraient-ils venir en aide à ces entrepreneurs ? Un plan de sauvetage efficace de l’industrie de la restauration ciblerait à la fois les dépenses fixes des restaurants ainsi que leurs revenus.

Un soulagement rapide

Des mesures fiscales peuvent être mises en place afin de permettre aux restaurateurs de conserver un maximum des liquidités dont ils disposent toujours. Ces montants seront nécessaires afin de redéployer les activités normales de leur établissement une fois les mesures de distanciation physiques levées. Dans un premier temps, une exemption plutôt qu’un report de la taxe foncière pour les petites entreprises permettrait d’une part de diminuer les coûts fixes, et d’autre part d’aider à pallier le manque de liquidités.

Afin de stimuler la demande, un congé des taxes de vente fédérale et provinciales encouragerait les consommateurs à se procurer des biens et services auprès des restaurateurs qui se sont tournés vers la livraison ou les plats pour emporter.

Bien qu’elles ne répondent qu’à une partie du problème, ces mesures s’ajouteraient à celles déjà en vigueur, notamment en ce qui a trait à l’assurance-emploi et les subventions salariales. L’aide gouvernementale est d’autant plus justifiée que ces mesures ont été prises au nom de l’intérêt public, et qu’elles entraînent de lourdes conséquences pour le secteur privé.

Faciliter la vente de vin par les restaurants

Alors que les restaurateurs font face à une montagne de frais fixes, certains disposent toutefois d’un actif important : leur cave à vin. Le gouvernement pourrait leur donner un coup de main en éliminant la réglementation qui empêche les restaurateurs de vendre du vin directement au consommateur de façon libre.

En ce moment, les bouteilles de vin vendues pour emporter par les restaurants doivent s’accompagner d’un repas. Cette stipulation rend la vente de vin impensable pour les établissements qui ont dû fermer leur cuisine. De plus, les bouteilles doivent être vendues au même prix que celui affiché sur le menu en salle à manger, rendant impossible d’offrir des prix plus compétitifs afin d’attirer les consommateurs.

Une levée temporaire (par exemple, de 12 mois) des mesures restrictives mentionnées ci-haut pourrait par la suite être réévaluée au mérite. Un sondage Léger commandé par l’Institut économique de Montréal en 2017 montrait d’ailleurs que 71 % des Québécois sont en faveur de permettre aux restaurateurs et à des cavistes de vendre du vin directement aux consommateurs. Bref, une révision de la réglementation en vigueur viendrait non seulement aider les restaurateurs, mais faciliterait l’accès à ce produit pour les Québécois, dont la majorité souhaite une telle réforme.

Ces propositions permettraient aux restaurateurs de conserver des liquidités grâce à la réduction de leur fardeau fiscal. De plus, en permettant la vente libre de vin par les restaurants, ces derniers seront en mesure d’accéder à une nouvelle source de revenus et de pallier en partie leur manque à gagner, même dans le cas des restaurants dont la cuisine est complètement fermée.

Même si ces solutions ne représentent pas une panacée, elles auraient le mérite de donner à nos restaurateurs un coup de main dont ils ont bien besoin.