Une longue marche dans la forêt. Les ruisseaux coulent. De la boue. Quand on regarde de près, on voit que ça bourgeonne. Des oiseaux partout. Et le carême s’est terminé hier.

Marc Séguin Marc Séguin
Peintre, romancier et cinéaste

Y a deux outardes qui, chaque année, font leur nid à côté d’un petit étang pas loin de la maison. Elles passent un mois à surveiller les alentours. Le jar (le monsieur) est très agressif. La dame, plus calme, sauf si on s’approche de ses œufs, couve le nid. Vingt-huit jours.

Les chenilles sont sorties. Le bois de chauffage de la prochaine année est presque terminé. J’espère qu’il fera frette l’hiver prochain. Les marmottes nous le diront bien un jour. J’imagine qu’il y aura d’autres saisons un moment donné. Plus tôt que tard, dit-on dans la forêt. J’y reviens plus bas.

Il y avait Jésus de Nazareth à la télé l’autre jour – en passant, pas sûr que ça passerait le test de l’appropriation culturelle… Au moment de l’annonce à Marie (dans le film), un raton laveur est venu s’empiffrer dans le bol des chats près de la porte. Me suis levé d’un trait pour le chasser.

Pile-poil quand Marie – la vierge Marie – apprend d’un ange qu’elle est enceinte. L’ange s’appelait Gabriel. Qui en fait est un archange ; un messager. Un gars avec des ailes. Qui est apparu dans la lumière pour lui parler.

C’est un signe, pour sûr, que le raton laveur arrive à ce moment : ça m’a calmé, parce que j’aurais sauté un plomb en tentant d’expliquer aux plus jeunes que c’était une histoire un peu louche, cette patente de virginité ; pour servir d’autres fins. D’ailleurs, pour ceux qui l’ignorent, l’Immaculée Conception (ça c’est quand une madame tombe enceinte sans qu’il y ait eu de boum-boum pow) a été inventée plus de trois siècles après la naissance et la mort de Jésus de Nazareth. Trois cents ans. Que dira-t-on de notre virus dans trois siècles ? Que ce n’était pas vrai ?

Et encore : pour ceux qui l’ignorent, les enfants ont déjà vu les chevaux, les poules, les cochons, les oiseaux, les chiens et les chats se reproduire. 

Drôle d’affaire : il se trouve encore des gens pour croire que les idéologies qui nous gouvernent se seront cassées à la suite de cette pandémie. 

Quand on est capable de croire à l’Immaculée Conception, le contraire d’une évidence, pendant 1700 ans, ce n’est pas un carême de virus de quelques mois qui va véritablement changer la religion de l’économie.

Toujours est-il qu’hier, je marchais dans la forêt, à travers une chorale d’oiseaux, pour aller voir les talles d’ail des bois.

PHOTO BRIANE KUSHNER, GETTY IMAGES

Un geai bleu est apparu et m’a parlé. Me suis secoué la tête, incrédule, puis quelques minutes plus tard, une corneille aussi est apparue et a répété ce que le geai m’avait dit, raconte Marc Séguin.

Les plantes d’ail sauvage sont sorties de terre. Il y en aura. Comme d’habitude. C’est toujours autour de la grande fin de semaine de mai. Sur le sentier du retour, un sourire au cœur (en pensant au Nouveau Monde qui vient de naître dans d’horribles contractions), à travers le vent dans les branches qui bardasse les nids, un geai bleu est apparu et m’a parlé. Me suis secoué la tête, incrédule, puis quelques minutes plus tard, une corneille aussi est apparue et a répété ce que le geai m’avait dit. 

Deux fois plutôt qu’une : paraît que les grandes industries, les grands chantiers vont reprendre le travail le 20 avril ou quelques jours plus tard. Dans une semaine, donc. Graduellement, avec diligence et avec la santé comme priorité. L’économie, et ses bienfaits, fait partie de la santé mentale des gens, on le sait. 

Et jusqu’ici, on doit se saluer, l’ordre social n’a pas été perturbé même si on joue un peu au Bon Dieu avec la nature et ses idées depuis des millénaires. Les oiseaux ont vu leur ombre. Il y aura une suite plus tôt que prévu. L’avenir est dans l’avenir, on le sait tous depuis les horreurs qu’on vient d’apprendre, pas dans les vieux et leur passé.

L’incubateur est parti depuis jeudi. Vingt-et-un jours plus tard, donc le 1er mai, il y aura des poussins. Pas même eu besoin d’ange pour ça. Ni pour trouver les chocolats des enfants. On avance comme on peut.