Le débat actuel autour de l’autonomie alimentaire est essentiel. Le Panier bleu, on souhaite le remplir ! Comme agriculteurs, on ne demande pas mieux que de faire partie de la solution et de répondre à cet appel. Notre demande, pour ne pas dire notre cri du cœur, c’est « aidez-nous à y arriver ».

Pierre-Yves Éthier et Chantal Demers
Propriétaires de la ferme Au pays des petits fruits, à Mirabel

Comment ? En reconnaissant que depuis trop longtemps, nous sommes pris dans cet étau d’une concurrence mondiale, qui limite notre capacité à générer un profit qui, normalement, nous permet d’en vivre, ce qui n’est pas toujours le cas, et d’investir dans l’amélioration de nos techniques de production. On le fait, mais à des doses homéopathiques ! 

La raison principale : une pression de plus en plus élevée, due en majeure partie aux frais de main-d’œuvre. Sur la totalité des dépenses encourues pour produire un panier de petits fruits, la main-d’œuvre en justifie 55 %. 

Notre problème, c’est que bien que notre coût de production augmente, le prix que nous pouvons demander pour nos fruits ne peut pas augmenter au même rythme. 

À nos gouvernements, nous faisons cette demande : serait-ce pensable d’avoir accès à un soutien financier en matière de main-d’œuvre ? 

La situation actuelle est difficile pour tout le monde. Chacun a sa part d’inquiétude, et on ne demande pas mieux que de contribuer à amoindrir le stress ambiant.

Nous voulons aussi exprimer haut et fort que tous ceux qui, d’une saison à l’autre depuis 29 ans, viennent travailler chez nous, les travailleurs étrangers comme les Québécois, sont des personnes envers qui nous sommes très redevables. C’est grâce à elles si notre ferme fait toujours partie du paysage. 

Le travail que l’on offre est difficile, exigeant physiquement, pas très populaire et se passe durant une période consacrée aux vacances. Si on avait les moyens, c’est plus que le salaire minimum que l’on offrirait.

Lorsqu’on entend des réflexions voulant que nous exploitons les travailleurs, qu’on les fait trop travailler, que nos entreprises n’offrent pas de salaires convenables, c’est moralement décourageant ! 

Aidez-nous à continuer de cultiver la terre en investissant dans l’agriculture québécoise. D’abord, en acceptant que l’État intervienne davantage par l’entremise de programmes de soutien et aussi par des choix de consommation où la provenance et la qualité du produit sont les premiers critères.

Au-delà de l’aide financière gouvernementale, on a grandement besoin de votre soutien moral. Nous sommes fiers de notre profession et, plus que jamais, nous avons besoin que vous soyez avec nous.

Nous sommes prêts à faire partie de la solution, à risquer cette année d’ouvrir nos champs sans espérance de profit. On sait qu’on ne sera pas les seuls. On a besoin de votre appui pour continuer, de vos encouragements pour concrétiser ce projet de souveraineté alimentaire !

En terminant, nous voulons aussi vous rassurer. Nous avons la chance d’être témoins, chaque printemps, de la nature qui reprend vie et renaît. Même en temps de pandémie, une saison se déploie, la terre se réchauffe et se prépare à accueillir de nouveaux plants, de nouvelles semences. Le miracle de la vie se passe actuellement dans nos campagnes. 

Au-delà des incertitudes ambiantes, rappelons-nous cette espérance qu’apporte la nature chaque printemps. Ensemble, on va y arriver !