Tout le monde le savait avant même la pandémie de COVID-19 : les médias canadiens peinaient déjà à survivre et étaient affamés par l’exode des recettes publicitaires vers la terre promise des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft).

Gilbert Marin et Jacques Paradis
Respectivement conseiller principal et fondateur d’Espace M, et conseiller en stratégie

Les GAFAM nous affament, peut-on dire. Déjà, il y a quelques semaines, on a appris que 80 % des dépenses en publicité numérique du gouvernement du Canada allaient aux GAFAM. Avec l’arrivée de la COVID-19, les investissements publicitaires ont fondu comme neige au soleil et, pour les médias, c’est une véritable traversée du désert.

« Ils n’en mourraient pas tous, mais tous étaient touchés », aurait dit Jean de La Fontaine. Des emplois sont éliminés dans plusieurs médias et les salaires sont réduits pour ceux qui tiennent le coup. Québecor, La Presse, Cogeco, la Coopérative nationale de l’information indépendante (Le Soleil, Le Nouvelliste, La Tribune, etc.), Métro Média avec le journal Métro et ses nombreuses publications régionales : tous doivent sabrer dans leurs dépenses pour tenter de survivre tout en assurant une couverture professionnelle et complète de l’information.

Plus que jamais en ces temps déjà difficiles pour les médias, et plus particulièrement durant cette crise impensable que nous vivons, les médias ont un besoin vital d’oxygène.

Alors que l’information n’a jamais été aussi abondante et aussi accessible, les médias d’information se retrouvent aujourd’hui privés de l’essentiel de leurs sources de revenus traditionnelles : la publicité.

Médias indépendants

Les médias indépendants sont les « poumons de la démocratie ». Les médias régionaux ont autant d’importance auprès des communautés que les grands médias nationaux. Ils traitent l’information d’une façon différente qui touche les citoyens dans leur communauté et dans leur quotidien.

Leur survie est cruciale non seulement durant cette pandémie, mais aussi pour l’avenir de la démocratie au pays. On ne peut se fier aux médias sociaux et aux sites web de tout acabit pour avoir l’heure juste et objective, surtout au niveau local et régional.

D’ailleurs, on n’a qu’à observer la consommation des médias canadiens, qui présentent une croissance exceptionnelle de leurs lectorats et de leurs auditoires en cette période trouble, notamment RDI et LCN, qui ont vu leurs téléspectateurs croître de façon significative depuis quelques semaines. Autres exemples, les lectorats de La Presse+ et de L’actualité ont aussi connu un accroissement important depuis deux semaines. Et c’est le cas pour tous les médias d’information canadiens. 

Ce phénomène n’est pas dû uniquement au fait que les gens ont plus de temps en raison du confinement ; il est dû, bien sûr, au fait que la population a besoin de savoir et d’avoir l’heure juste sur ce qui les touche localement, et les médias d’information canadiens font un travail remarquable à ce sujet.

Sur une base hebdomadaire, 75 % des gens écoutent des bulletins de nouvelles ou des émissions d’information à la télévision*.

Tous ensemble, gouvernements, entreprises et citoyens se doivent collectivement d’appuyer nos médias et leurs artisans qui nous informent et nous divertissent avec les valeurs qui nous caractérisent et qui font de nous une société distincte. C’est l’affaire de tous !

Alors, que peut-on faire ? Plusieurs pistes de solutions existent et nous apparaissent intéressantes. Elles devront bien sûr être validées et bonifiées au besoin, mais elles constituent un point de départ et offrent l’avantage d’être assez facilement applicables. Nous croyons que les solutions proposées susciteraient l’engagement de toutes les parties prenantes à soutenir cette industrie en crise.

L’abonnement déductible d’impôt

Tout abonnement payé à une publication ou un site d’information canadien deviendrait déductible d’impôt comme soutien à cette industrie cruciale. Les abonnements à ICI Tou.tv et à Club Illico, par exemple, devraient être inclus à cette déduction pour contrer les Netflix de ce monde. Nous croyons que cette mesure devrait s’appliquer à tous les médias, que ce soit La Presse, Le Devoir, L’actualité, Le Journal de Montréal et tout autre entreprise médiatique canadienne. Les citoyens pourraient donc déduire leurs investissements médias de leur rapport d’impôt.

La bonification fiscale sur la publicité 

Tout investissement publicitaire fait dans un média canadien bénéficierait d’une bonification fiscale comme dépense sociétale. Par exemple, pour chaque dollar qu’un annonceur investirait dans un média canadien, il aurait droit à 1,50 $ de déduction fiscale. De toute façon, les entreprises auront, elles aussi, besoin d’oxygène au sortir de la pandémie pour relancer leurs services, créer des emplois, assurer leur viabilité financière et contribuer à relancer l’économie.

Le congé de TPS et TVQ pour les médias

Tout abonnement acheté auprès d’un média canadien pourrait être exempt de TPS et de TVQ ;

Tout achat de publicité dans un média canadien pourrait aussi être exempt de TPS et de TVQ pour une période d’un an ou plus si nécessaire ;

Les médias pourraient aussi être exonérés de TPS et de TVQ sur les biens et services qu’ils achètent pour une période d’un an ou plus si cela s’avère nécessaire.

Les revenus publicitaires

Le nerf de la guerre, ce sont les revenus publicitaires. Une mesure pourrait avoir un impact positif à très court terme.

Il existe une directive au Québec qui incite les différents ministères du gouvernement à investir au minimum 2 % de leur budget dans les hebdos régionaux pour les avis légaux et les autres informations publiques.

En transformant cette directive en obligation à l’ensemble des ministères et des sociétés d’État d’investir, par exemple, 50 % de leurs budgets publicitaires dans les médias du Québec pour les cinq prochaines années, ce sont plusieurs dizaines de millions qu’on injecterait directement ou indirectement dans nos médias d’information. Et ce, tout en permettant au gouvernement et aux sociétés d’État de rejoindre efficacement leurs clientèles-cibles qui sont, rappelons-le, au Québec !

Le gouvernement canadien pourrait, lui aussi, imposer ce type de directive ou d’obligation à ses ministères, sociétés d’État et organismes, ce qui assurerait des millions additionnels de revenus à nos médias, leur donnant ainsi les moyens de remplir leur mission essentielle tout en rejoignant efficacement les Canadiens.

Une subvention d’urgence aux médias

Dès aujourd’hui, les médias d’information d’ici ont besoin de moyens pour survivre et continuer à nous assurer une couverture complète, professionnelle, claire et objective de la situation. Eux aussi sont des héros, comme le dirait M. Legault. Il ne faut pas oublier non plus le volet divertissement que nous offrent nos médias et qui est encore plus important en ces temps de crise. Les programmes proposés par Québec et Ottawa suffiront peut-être à couvrir leurs besoins à court terme, mais il faudrait s’en assurer avant de les laisser sombrer.

Voilà quelques suggestions que nous espérons constructives. Si la survie des médias canadiens vous tient à cœur, n’hésitez pas à soutenir ces propositions, à les bonifier et à en apporter de nouvelles.

Ensemble, nous vaincrons le coronavirus et contribuerons à la survie de nos médias.

* Les médias québécois d’information – État des lieux, août 2019, Centre d’études sur les médias