– Être rapatriée au pays en situation de crise… check
– Être rapatriée sur un vol historique… check

Al Hassania Khouiyi
Al Hassania Khouiyi Conseillère en communication

Je me sentais déjà très chanceuse d’avoir trouvé à la dernière minute une place dans le dernier vol de rapatriement des Canadiens au Maroc, je ne m’attendais pas à faire partie d’un vol historique. 

Rien de la journée du 25 mars n’était ordinaire, je ne vous parle pas de l’angoisse ni du sentiment d’incertitude ni de la tristesse de dire au revoir à ma famille dans de telles circonstances, espérant qu’ils demeurent en santé, surtout que mon frère fait partie de ceux qui luttent en première ligne contre le virus.

On faisait la route un kilomètre à la fois tout en gardant en tête qu’on pouvait nous demander de faire demi-tour à n’importe quel moment. Loin de toute présomption, les forces de l’ordre, que ce se soit police ou gendarmerie royale, nous facilitaient l’accès, nous souhaitaient bonne route, nous présentaient leur empathie et nous priaient de demeurer prudents. On aurait dit que tout le monde faisait du sien pour faciliter la vie à tout le monde.

Arrivée finalement à l’aéroport, c’est le désert, l’attente est interminable, l’air est lourd, la méfiance rôde dans chaque coin. 

Après sept longues heures, on embarque enfin dans l’avion. Le commandant de bord commence l’accueil par nous expliquer qu’il s’agit d’un vol extraordinaire, qu’il n’y aura pas de nourriture (seulement des sandwichs et des bouteilles d’eau) et que, surtout, tout le personnel de bord est constitué de bénévoles qui ont choisi de braver le risque pour nous ramener chez nous. Les 437 passagers applaudissent ces braves gens. On va décoller bientôt… 

Patience et reconnaissance

Deuxième message du commandant : comme il s’agit du dernier rapatriement, il a décidé d’attendre deux personnes qui se sont jointes à la dernière minute, il nous remercie de patienter. Après une heure, un troisième message : nous sommes prêts à décoller. Non, pas si vite… un monsieur diabétique éprouve un sérieux malaise et il faut le débarquer. Nous attendons une autre heure, même plus, pour faire sortir l’homme et ses bagages. 

Nous décollons, finalement. Le commandant nous remercie pour notre patience… Ces gens font un aller-retour de Montréal vers Casablanca pour nous ramener, ils font preuve d’humanité en décidant d’attendre des retardataires pour ne laisser personne derrière, ils priorisent le bien-être d’un malade en le débarquant d’un avion qui s’apprêtait à décoller : la moindre des choses est d’être patients et reconnaissants.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Les pilotes Bruno Dionne et Jean-Marc Bélanger, après leur dernier vol en carrière

Le vol se passe bien, 30 minutes avant l’atterrissage, un message du commandant qui nous dit d’une voix ferme et sûre, pleine de fierté, que c’est son dernier vol.

Il accroche ses ailes à l’atterrissage, lui et son copilote. Ces deux hommes ont choisi comme dernier vol en carrière un voyage qui ramène des gens chez eux. Ce faisant, ils ont renoncé volontairement à l’accueil réservé aux pilotes lors de leur dernier vol. 

« Comme c’est mon dernier atterrissage, je vais vous faire un bel atterrissage », a dit le pilote avant d’atterrir. Ç’a été un atterrissage smooth. Merci aux pilotes qui ont fait le voyage Montréal-Casablanca-Montréal. Merci au personnel de bord bénévole, merci aux gouvernements canadien et marocain d’avoir rendu possibles ces rapatriements.

Qu'en pensez-vous? Exprimez votre opinion