Tous les élèves et les étudiants de ce monde sont en congé forcé. Cela n’est pas sans conséquence sur la réussite scolaire. Plusieurs y voient une source d’inquiétude. Perdre quatre mois de scolarité, ce n’est pas rien, surtout pour les plus vulnérables à répondre aux exigences de nos systèmes pédagogiques en place.

Jacques Quintin Jacques Quintin
Philosophe et professeur titulaire à la faculté de médecine et des sciences de la santé, Université de Sherbrooke

Je crois que notre éducation, même celle des adultes, peut se poursuivre si nous tentons de comprendre quelque chose au phénomène social provoqué par la COVID-19.

Nous pouvons en tirer plusieurs leçons, qu’aucun manuel scolaire ne peut injecter, sur le genre humain.

La première leçon que nous pouvons dégager de cette situation, disons-le dramatique, tourne autour du constat que plusieurs personnes se comportent dans l’indifférence ou l’insouciance par mesure de protection contre une remise en question de la vie ordinaire. C’est une stratégie de survie : agir comme si rien de nouveau n’existait. Pas question de remettre en question quoi que ce soit.

La deuxième leçon se caractérise par l’aveuglement qui frappe la population, de sorte que plusieurs personnes furent contaminées par la peur. Elles se sont précipitées un peu partout dans les commerces pour acquérir des biens de tout genre en vidant les tablettes, et tant pis pour les autres. C’est l’illustration parfaite de l’individualisme égoïste.

La troisième leçon, c’est celle qui vient contrebalancer l’attitude précédente en mettant en valeur la solidarité et la responsabilité sociale. Il en faudra beaucoup, car pour plusieurs personnes, c’est un drame qui se joue dans leur vie : perte d’emploi, de commerce, de revenu significatif, perte de n’importe quoi qui fait que c’est tout le destin d’une vie qui change dans la mesure où il n’y aura pas de retour au statu quo lorsque tout redeviendra normal.

Cette situation, c’est notre quatrième leçon, nous éclaire un peu mieux pour comprendre ce que ça prend pour adopter des changements significatifs qui peuvent avoir un effet réel, tangible et observable sur notre planète. Moins de voyages, de circulation, de consommation, et déjà la planète s’en porte mieux à petite échelle.

Finalement, la dernière leçon (il y en a d’autres). S’il y a des drames qui sont vécus, il y a pire : il se joue une tragédie. Avec nos actions et nos sacrifices, nous constatons que nous pouvons vaincre le mal, pardon, l’ennemi. Dans quelques semaines, nous aurons réussi à apporter une solution pragmatique à un problème concret qui nous touche tous sans exception. Nous pouvons nous en réjouir. Mais là est la tragédie : en faisant quelque chose de bien, nous risquons notre perte dans la mesure où cela ne sera pas encore suffisant pour penser à l’encontre de nos vieilles habitudes.

Non seulement nous reprendrons nos modes de vie habituels et polluants, mais nous serons plus que jamais fiers de nos habiletés à surmonter les embûches qui se dressent devant nos désirs et nos objectifs de conquérir et d’exploiter au maximum le monde.

C’est ce succès qui va, une fois de plus, nous amener à détruire la planète et, du même coup, nous conduire à notre mort.

Le tragique ne se déroule pas qu’au théâtre. C’est une réalité qui nous pend au bout du nez. Il s’agit d’y voir clair, sinon nous frapperons un mur de plein fouet. Et il n’y aura pas de remèdes ni de stratégies.

Profitons de cet événement pour apprendre un peu plus sur le genre humain, comment notre intelligence peut nous rendre bêtes lorsque nous manquons de pensée. Un retrait de la vie active, c’est bon pour tout, principalement pour le développement de la pensée réflexive qui ne s’acquiert pas nécessairement sur les bancs d’école, mais au contact de la société civile, surtout lorsqu’elle est en crise.

Nous pouvons toujours étudier le monde dans lequel nous vivons et en proposer des explications, mais cela n’apporte rien à la question du sens de notre vie. Nous ne pouvons exercer notre pensée si celle-ci n’est pas soutenue par la présence publique de la philosophie, du savoir de la vie humaine dans sa totalité qui échappe à toute logique.