L’un des obstacles fondamentaux à l’innovation au Québec est que les grandes entreprises et les gouvernements méconnaissent l’écosystème des entreprises en expansion (scale-up) et exportatrices du secteur de l’innovation et des technologies au Québec, ce qui freine l’économie et la transformation numérique si nécessaire dans tous les secteurs de notre économie.

Pierre-Philippe Lortie
Pierre-Philippe Lortie Directeur, gouvernement et affaires publiques (Québec), Conseil canadien des innovateurs, et 15 autres signataires*

Tous les experts en innovation sont d’avis qu’une croissance régionale soutenue ainsi que la richesse économique reposent notamment sur la présence de fortes concentrations d’entreprises technologiques exportatrices et en expansion de chez nous, dont les entreprises en hypercroissance génératrices de recettes.

Nos entreprises technologiques en expansion qui génèrent des millions, voire des milliards, fournissent un important rendement aux économies nationales et contribuent à la richesse publique comme privée, laquelle s’avère capitale, notamment en aidant le Québec et le Canada à générer de nouveaux revenus dont ils ont terriblement besoin.

Toutefois, au cours de la dernière décennie, les politiques publiques en matière de développement économique mises en œuvre par le gouvernement québécois ont avant tout tenté d’attirer les multinationales étrangères plutôt que d’abriter un écosystème qui appuie la croissance économique des sociétés locales.

Cette démarche a souvent eu pour résultat de distribuer les dollars des contribuables à des entreprises étrangères extrêmement rentables tandis que les sociétés de technologie en expansion dont les sièges sociaux se situent au Québec sont trop souvent laissées à elles-mêmes pour trouver des talents, des capitaux et des clients.

Dans le cadre du budget provincial 2020-2021, nous proposons que le gouvernement développe une stratégie de l’innovation et des technologies au Québec. 

Le Québec s’est doté d’une stratégie sectorielle pour des secteurs clés de notre économie, à savoir : l’aérospatiale, les sciences de la vie, l’environnement et l’électrification des transports. Il est maintenant temps que l’innovation, en tant qu’outil multisectoriel, ait sa propre stratégie.

Le Québec accuse un important retard par rapport aux autres provinces canadiennes en ce qui a trait à la numérisation de son secteur industriel. Le développement d’une politique de l’innovation et des technologies serait un pas dans la bonne direction pour remédier à ce retard.

Quelques propositions

1. Moduler le crédit d’impôt aux entreprises québécoises dans le but de favoriser le talent et l’expertise de nos leaders en innovation au Québec en bonifiant les crédits d’impôt aux entreprises du numérique ayant leur siège social au Québec, dans le but de favoriser l’expertise et le talent de nos leaders technologiques.

2. Accorder une enveloppe budgétaire pour l’attraction, la rétention et la formation d’une main-d’œuvre hautement qualifiée dans le secteur de l’innovation et des technologies partout au Québec – la pénurie de main-d’œuvre dans le secteur des technologies ralentit le développement économique et la création de richesse de la province.

 – Nous suggérons le développement d’incitatifs financiers ciblés pour les entreprises, les travailleurs et les étudiants afin d’accroître le niveau de « littératie technologique » tant au sein de l’écosystème d’innovation que celui de la relève.

 – Nous proposons également de rendre obligatoire l’enseignement coopératif (programme COOP) dans les cégeps et les universités pour la formation reliée au génie et aux technologies.

3. Développer, en collaboration avec l’industrie, des services d’accompagnement spécialisés appuyant la commercialisation des technologies des entreprises en expansion qui démontrent une capacité de croissance importante, en accélérant notamment leur maillage avec de potentiels clients et partenaires d’affaires au Québec, au Canada et à l’international.

À titre d’exemple, le gouvernement pourrait mettre en place un incitatif financier gouvernemental (ex. : crédit d’impôt ou autre subvention) afin d’encourager les grandes entreprises québécoises à faire l’achat de technologies innovantes locales et ainsi, contribuer à leur perfectionnement.

4. Présenter une stratégie d’appels à solutions pour le Centre d’acquisition gouvernementale (CAG). Dans la course à l’innovation, les entreprises qui réussissent à fournir des services au gouvernement de leur juridiction ont plus de chance d’obtenir des contrats auprès d’autres gouvernements à l’international, ce qui accélère leur croissance et accélère aussi le potentiel d’exportation de l’innovation du Québec. 

Nous souhaitons donc que le gouvernement collabore plus étroitement avec les leaders de l’écosystème en innovation pour faciliter le développement d’appels à solutions qui répondent aux besoins du gouvernement et qui utilisent l’expertise locale, au bénéfice de tout le Québec.

Ce que nous demandons est simple : unissons nos efforts pour bâtir un Québec plus fort. Nous recommandons au gouvernement qu’il mette au point une procédure permettant aux chefs de la communauté des entreprises technologiques en expansion de collaborer étroitement avec l’ensemble de l’appareil gouvernemental pour discuter des obstacles et des difficultés auxquels font face les sociétés de technologie en expansion québécoises.

* Signataires : Patrick Ostiguy, PDG d’Accedian, Andrée-Lise Méthot, PDG de Cycle Capital Management; Ian Rae, PDG de CloudOps; Cherif Habib, PDG de Dialogue; Jean-François Côté, PDG de district m; Germain Lamonde, PDG d’EXFO; Patrick Huynh, PDG de Fiska; Simon De Baene, PDG de GSoft; Jean-Paul Chauvet, président de Lightspeed; Pierre Chamberland, PDG de NetGovern; Patrice Gilbert, PDG de PetalMD; Jean Le Bouthillier, PDG de Qohash; Denis Doré, PDG de Squeeze Studio Animation; Eric Boyko, PDG de Stingray et Simon Ferragne, PDG de TrackTik

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