Un choc politique vient de secouer la course à l’investiture démocrate. Des observateurs parlent de « miracle ». D’autres qualifient maintenant Joe Biden de comeback kid à la lumière de son étonnante performance au « super mardi ».

John Parisella
John Parisella Professeur invité au CERIUM, ancien délégué général du Québec (New York et Washington) et conseiller spécial chez National

Non seulement Biden a-t-il déjoué les prévisions des experts les plus aguerris, mais il a aussi réussi avec moins de ressources sur le plan financier et organisationnel que ses plus proches rivaux — Bernie Sanders et Mike Bloomberg.

Après des débuts décevants dans la course à l’investiture, Biden en est redevenu, en moins de quatre jours, le meneur. Et c’est sans compter que Bloomberg vient de se retirer à son tour pour lui donner son appui.

Cela dit, la victoire n’est pas encore acquise : 60 % des délégués restent à choisir. Et d’ici les deux prochains mardis, il en restera encore 40 %.

Mais force est d’admettre que la retentissante performance de Joe Biden doit rassurer ce qu’on appelle « l’establishment » démocrate.

Depuis plus d’une semaine, les inquiétudes de certains leaders démocrates au Congrès américain se font sentir quant à l’effet Sanders sur leur propre réélection au mois de novembre. Sanders, qui se décrit lui-même comme un « démocrate socialiste » et siège au Sénat comme indépendant, représente un élément d’incertitude. Peut-il contribuer à conserver la majorité à la Chambre des représentants (remportée en 2018) ? Peut-il apporter des gains au Sénat pour aider les démocrates à en prendre le contrôle ?

Le tournant de la réussite de Joe Biden est dû à sa victoire sans équivoque de samedi dernier en Caroline du Sud, largement acquise grâce à l’appui du respecté représentant afro-américain James Clyburn. Le vote de la population afro-américaine s’est aussi exprimé par au-delà de 60 % lors du « super mardi ». Sanders ne semble manifestement pas avoir fait de gains auprès de cet électorat par rapport à 2016.

Le vote des Afro-Américains est essentiel à la coalition démocrate et à son espoir de reconquérir la Maison-Blanche en novembre, et il doit sortir en grand nombre.

La popularité d’Obama

Depuis le tout début de cette course à l’investiture, l’ancien président Obama est resté discret. Nonobstant sa proximité et sa grande amitié avec son vice-président Biden, il est resté neutre à l’égard de l’ensemble des candidatures. Barack Obama préférera agir à titre d’unificateur à un moment propice de la course.

Obama a gagné ses deux courses (2008 et 2012) avec plus de 50 % du vote populaire en plus de balayer le collège électoral de façon décisive. Il a quitté la Maison-Blanche avec un taux d’approbation de plus de 50 % et sa popularité, de même que celle de sa femme Michelle, n’a jamais diminué depuis.

Pour l’ensemble du Parti démocrate, Barack Obama demeure le plus populaire auprès des électeurs indépendants.

Joe Biden est vu comme son numéro deux et pour certains, comme son héritier.

Pas de doute, cela se fait sentir particulièrement auprès de l’électorat afro-américain.

La stratégie Trump

Depuis son élection, le président Trump a fait une obsession de s’attaquer à l’héritage de Barack Obama tout en s’attribuant le crédit de la reprise économique post-récession 2008-2009.

Trump s’est attaqué de front à l’Obamacare, a retiré son pays de l’accord de Paris sur le climat et de l’entente avec l’Iran sur le nucléaire. D’ailleurs, son tout premier geste en tant que président fut d’exclure les États-Unis de la négociation sur le libre-échange avec l’Asie-Pacifique (PTP).

C’était évident dès le départ : l’adversaire que le président Trump craint le plus en vue de l’élection de novembre est Joe Biden. On n’a qu’à se rappeler que toute la saga entourant sa destitution tire son origine d’une demande d’enquête de sa part sur Joe Biden et son fils Hunter auprès des autorités ukrainiennes.

On peut donc prévoir que Donald Trump reprendra de plus belle ses attaques envers le fils de Joe Biden et fera tout pour diviser les démocrates envers la candidature de son père. Il risque aussi de continuer à dénigrer l’héritage Obama-Biden en s’inspirant, entre autres, des critiques de Bernie Sanders à cet égard. 

L’objectif de Trump : créer la bisbille et provoquer une convention démocrate contestée « sur le plancher » en juillet prochain à Milwaukee.

Si Joe Biden continue sur sa lancée, on peut s’attendre à ce que le facteur Obama prenne plus de place dans la suite des choses d’ici au mois de novembre.

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