En réponse au texte de Nicolas Bérubé, « Apprendre à jouer de la musique ne rend pas les enfants plus intelligents », publié le 31 janvier*

Jonathan Bolduc
Jonathan Bolduc Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en musique et apprentissages, professeur titulaire en éducation musicale à la faculté de musique de l’Université Laval

Dans son numéro du 31 janvier, La Presse a publié une entrevue réalisée auprès de Fernand Gobet, un chercheur affirmant que l’apprentissage de la musique n’améliore pas les capacités intellectuelles des enfants.

En tant que titulaire de la Chaire de recherche du Canada en musique et apprentissages, je tenais à mettre en perspective les propos du chercheur qui, à mon avis, ternissent considérablement la place que doit occuper l’enseignement de la musique en milieu scolaire.

M. Gobet prétend que les personnes qui font de la musique sont plus intelligentes que celles qui n’en font pas, ce qui expliquerait pourquoi la musique n’améliore pas les capacités intellectuelles. La méthodologie qu’il utilise exclut pourtant de nombreuses recherches menées dans les milieux éducatifs et scolaires, y compris celles ayant une assignation aléatoire des participants.

Ces études révèlent que faire de la musique améliore l’attention, l’inhibition, la mémoire et les habiletés langagières.

Dans un cadre expérimental semblable, il est difficile de croire que les enfants sélectionnés au hasard pour prendre part aux activités musicales soient a priori plus intelligents que les autres qui participent à des activités comparables (théâtre, sport, etc.) ! Pour que l’analyse soit juste, il faut évaluer l’apport de l’apprentissage musical sur le développement des capacités intellectuelles d’enfants ayant différents profils d’apprentissage et non seulement les enfants qui font de la musique par intérêt. Cela semble échapper à ce chercheur dont la validité interne de travaux est très discutable.

Des postulats qui ne font pas école

Que dire d’un article, de plus, qui n’a pas été validé par un comité de pairs sur le plan scientifique ? L’auteur et son acolyte, Giovanni Sala, sont reconnus pour contester régulièrement les capacités de transfert de différentes activités, dont les échecs et les jeux vidéo. Dans le cas présent, la musique n’y fait pas exception. Une consultation des bases de données universitaires ou de Google Scholar (accessible à tous) permet de constater à quel point les postulats de ces deux chercheurs diffèrent de celui des autres scientifiques dans plusieurs domaines.

Au-delà de possibles transferts sur le plan intellectuel, je considère que les propos de M. Gobet affectent la reconnaissance de l’enseignement de la musique dans nos écoles.

La population doit aussi savoir que l’enseignement de la musique mène à des changements significatifs et positifs sur le plan social et affectif.

L’étude de M. Gobet peut avoir un impact négatif sur la lutte de nombreux enseignants pour que soit reconnue l’éducation musicale dans leurs milieux. Retenez qu’en plus d’insuffler le plaisir d’apprendre, la musique a des retombées positives sur plusieurs sphères du développement. Plus de 20 ans de recherches en éducation, en psychologie et en neurosciences le confirment déjà.

** Professeur titulaire en éducation musicale à la faculté de musique de l’Université Laval

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