Qu’adviendra-t-il de Bombardier, notre joyau québécois qui a su relever, jusqu’à maintenant, des défis et saisir des occasions grâce à son innovation constante, sa créativité audacieuse et son dynamisme entrepreneurial ?

Simon Olivier Simon Olivier
Ingénieur

En pleine zone de turbulence, il est critique pour les décideurs québécois de se mobiliser pour « imaginer » l’avenir de notre industrie aéronautique, le futur de Bombardier.

Notre industrie aéronautique est unique au monde. Bien sûr par son expertise, son caractère entrepreneurial, mais surtout par sa présence. Nous sommes la seule région où la totalité des acteurs nécessaires à la fabrication d’un avion (avionique, motoriste, assemblage, train d’atterrissage, etc.) sont tous présents, et ce, dans un rayon de 100 km autour de Montréal. Nous avons su imaginer et développer une vraie grappe aéronautique et attirer des fournisseurs exceptionnels au Québec.

Le Québec se distingue bien au-delà de la présence du siège social de Bombardier et de ses centaines de fournisseurs. Nous avons le privilège d’avoir le siège social de l’Association internationale du transport aérien (IATA) qui représente plus de 120 pays à travers le monde et plus de 82 % du trafic aérien. De façon connexe, le siège social de l’Agence spatiale canadienne, qui a développé le bras canadien, se trouve également au Québec. Nos industries aéronautique et aérospatiale sont riches.

Pour ces raisons, il est temps d’intervenir pour assurer la pérennité de notre industrie et confirmer notre leadership dans le domaine technologique et aéronautique. Je ne suggère pas de sauver Bombardier à grands coups de subventions, car cela ne ferait qu’acheter du temps pour que l’on se retrouve dans la même situation dans quelques années.

Les acteurs clés, tels que le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, le nouveau patron de la Caisse de dépôt et placement, Charles Émond, et le président du conseil d’administration de Bombardier, Pierre Beaudoin, doivent travailler ensemble et rapidement pour imposer des changements majeurs dans la direction et la vision stratégique de Bombardier.

Remettre notre destin seulement au conseil d’administration de Bombardier ne fera que favoriser des solutions à court terme qui bénéficieront uniquement aux actionnaires, sans aucune pérennité pour le Québec.

La vente d’actifs de Bombardier à des intérêts étrangers sera irrémédiable et détruira la valeur économique du Québec à long terme. C’est comme si une famille faisant face à un enjeu financier décidait de vendre ses meubles afin de payer pour l’épicerie. Un jour viendra où elle ne pourra plus manger. Cette solution n’a pas d’avenir.

Les solutions doivent être de dimensions socio-économiques. Le gouvernement a un devoir fiduciaire envers les Québécois et doit imposer la prise de décisions difficiles, mais nécessaires de la part de Bombardier. Le gouvernement, de concert avec la famille Beaudoin, qui contrôle une grande majorité des votes, devrait se questionner à savoir si la direction de l’entreprise est en mesure de prendre les actions nécessaires au redressement de la situation et ainsi bâtir un avenir riche et porteur pour notre industrie aéronautique. Nos enfants se souviendront de 2020 comme un moment décisif de l’aviation civile au Québec. L’audace, l’imagination et le leadership doivent être au rendez-vous afin que l’histoire que nous raconterons dans quelques années soit positive.

Souvenons-nous que notre plus grande ressource naturelle, au Québec, demeure notre « imagination ». Cette imagination qui nous a permis de bâtir plusieurs joyeux industriels (Bombardier), des joyaux commerciaux (Couche-Tard), artistiques (Cirque du Soleil) et la liste est longue. Nous devons être fiers de cette imagination, cette ressource illimitée, renouvelable et riche. Mobilisons-nous ensemble pour imaginer des solutions durables pour Bombardier, pour notre avenir et celui de nos enfants.