Autodidacte, j’exerce le métier de réparateur de produits électroniques depuis environ 10 ans. Un métier de plus en plus présent à cause du boom technologique des années 2000.
Malgré le besoin économique flagrant, ce métier reste tout de même assez méconnu puisqu’une grande partie de la population préfère se procurer de nouveaux appareils pour remplacer leurs anciens. Toutefois, depuis quelque temps, un mouvement se manifeste dans la conscience collective. 

Nabil Tarhini Nabil Tarhini
Technicien en électronique autodidacte, Anjou

Nombreux sont les hommes et les femmes qui voient une valeur ajoutée dans la réparation des différents gadgets électroniques. Ces valeurs sont, tout d’abord, une résistance aux différentes multinationales qui nous imposent des modèles toujours et encore plus récents. Ensuite, il y a la grande question environnementale puisqu’en donnant une seconde chance à nos appareils électroniques nous donnons un nouveau souffle à la planète.

Nombreuses sont les personnes qui restent bouche bée lorsqu’elles passent devant l’enseigne de mon magasin sur laquelle est écrit « centre de réparation ».

Et leur esprit s’élève encore plus haut lorsque je leur annonce que je répare tout. L’enthousiasme du départ est souvent suivi par une hystérie qui ressemble à celle d’une personne qui a gagné à la roue de fortune ou d’un homme qui vient d’apprendre que sa femme est enceinte (pour ma part, j’ai sauté partout). Ces mêmes personnes reviennent très souvent le lendemain avec leur magnétoscope ou leur tablette.

Des sourires sincères, j’en observe chaque jour. Les gens me rendent visite avec le même espoir que lors de la visite d’un médecin. Et savez-vous quoi ? Le fameux symptôme du médecin – celui où l’on guérit subitement lorsqu’on visite un médecin –, chez nous aussi il existe, mais dans notre cas, c’est celui du technicien.

Tout se répare

Il faut, désormais, refuser l’idée reçue qu’il vaut mieux jeter que réparer. Il faut, dès maintenant, se demander ce qui pousse les gens à aller acheter le gadget dernier cri. La réponse est simple. C’est le dysfonctionnement soudain d’un appareil auquel ils sont fortement attachés – tel un choc traumatique. Qu’on appelle cela l’obsolescence programmée ou n’importe quoi d’autre, un technicien qui fait preuve d’ingéniosité finira toujours par réparer n’importe quel produit électronique.

Nous vivons dans une époque charnière où l’on est en train de redessiner notre manière de consommer.

On parle aujourd’hui d’une consommation responsable. Les commerces de détail devront tous suivre le pas en intégrant un service technique, voire un centre de réparation sur place pour pouvoir continuer à survivre dans un marché de plus en plus compétitif. La seule voie de la résistance économique contre les géants du web, c’est d’offrir ce que ces géants ne peuvent pas offrir, c’est-à-dire le talent humain. Ce que Aristote définit comme étant la technique (technè) qui témoigne de la supériorité humaine.

La cause environnementale nous concerne tous. La prochaine fois que vous êtes tenté par l’achat d’un nouveau produit, allez donc faire un petit tour au magasin du coin. Prenez le temps d’identifier les petites entreprises qui sont souvent gérées par des personnes passionnées qui ont un souci du détail et du service bien rendu.

C’est de notre devoir de faire bouger les choses. Il est temps de parler d’hégémonie culturelle comme le soulignait Gramsci lorsqu’il faisait référence à l’union de toutes les forces politiques pour contrer la menace fasciste. De nos jours, cela doit se traduire par une conscientisation sur l’importance de réparer des produits électroniques en faisant pression sur votre député, votre parti, voire les gouvernements québécois et canadien pour qu’ils forcent ces Goliaths de notre temps à fabriquer des produits réparables et à rendre accessibles les pièces qui garantissent la longévité des produits électroniques.

David n’a-t-il pas gagné sa bataille contre Goliath ?

Optons donc pour le droit de réparer.