Le gouvernement du Québec mobilise beaucoup d’énergie dans le débat sur les structures scolaires. Il est vraiment difficile de voir comment la réforme Roberge en éducation apportera des solutions aux diverses problématiques auxquelles sont confrontés nos milieux.

Catherine Harel Bourdon
Catherine Harel Bourdon Présidente de la Commission scolaire de Montréal (CSDM)

Voici certains enjeux majeurs qui, bien davantage que la restructuration du réseau scolaire, devraient retenir l’attention de l’État.

La mixité scolaire et sociale dans nos écoles 

De nombreux spécialistes et universitaires se sont penchés sur la question de la mixité scolaire et sociale. Leurs conclusions sont éloquentes : le déficit de mixité a un effet unique et dévastateur au sein du réseau scolaire québécois. 

Selon le Conseil supérieur de l’éducation, une telle ségrégation entre les élèves les plus performants et ceux éprouvant le plus de difficultés n’existe nulle part ailleurs au Canada.

Cette particularité québécoise est due à un niveau élevé de financement public des écoles privées ainsi qu’à la compétition entre le privé et le public, qui pousse le réseau public à développer certains programmes d’élite. La popularité de ces programmes enrichis augmente les effets de cette ségrégation. 

Des profs laissés à eux-mêmes 

La ségrégation du système touche directement la composition des classes et entraîne de très grands défis pour les enseignants.

Le rêve de la jeune enseignante se heurte à la réalité du quotidien. 

Passionnée des sciences ou encore des disciplines artistiques, elle en arrive plus difficilement à transmettre son enthousiasme, limitée qu’elle est par la nécessité de « gérer » sa classe. Ainsi, la profession est amenée à se dévaloriser d’elle-même. 

Pénurie de personnel 

Alors que les possibilités de développement professionnel sont tellement plus attrayantes dans d’autres secteurs, alors que le métier d’enseignant est si peu valorisé, faut-il se surprendre que la profession intéresse moins ?

Il y a lieu de craindre que cette situation se prolonge, car les conditions d’action professionnelle ne semblent pas près de changer. En même temps que la ségrégation continue de vider les classes des élèves ayant plus de facilité et que la proportion d’élèves à besoins particuliers augmente dans les classes, on continue de maintenir et de hausser les exigences posées à ceux et celles qui font l’école au quotidien.

Voici la recette idéale pour un échec renouvelé. L’arrivée de ressources professionnelles diverses sera certes utile, mais elle ne réduira pas la responsabilité des enseignants et des administrateurs scolaires. 

Maîtriser la langue écrite 

Il n’y a qu’une seule façon de maîtriser les règles de la langue écrite : il faut écrire. Particulièrement pour les enseignants de français, l’organisation du travail et le temps requis par les protocoles d’évaluation des élèves défavorisent grandement la pratique de la langue écrite. Bref, tout est conçu pour que les élèves rédigent moins alors qu’il faut que nos élèves aiment écrire. 

La mainmise des cégeps sur l’école secondaire 

L’école secondaire doit offrir aux adolescents des occasions variées d’évaluer divers champs d’études. Certes, on doit continuer à y acquérir les connaissances de base, mais les jeunes doivent pouvoir s’investir et tester leurs intérêts pour les arts, les sciences, l’activité manuelle, les sciences humaines et l’ensemble des domaines. Les exigences que posent les cégeps pour l’admission à leurs différents programmes réduisent cette activité de découverte à son strict minimum. Pis encore, elles amènent souvent les adolescents indécis à privilégier les options qui limiteront le moins leur éventail de choix à l’étape du collégial.

Actuellement, on n’effectue pas son parcours secondaire pour se découvrir, mais pour satisfaire aux exigences du collège dont les critères d’admission demandent une trop grande spécialisation à un très jeune âge. 

L’intégration des technologies à l’enseignement 

Dans nos écoles publiques, tant au primaire qu’au secondaire, l’intégration des technologies de l’information varie grandement d’un enseignant à l’autre. On l’observe davantage dans le domaine des sciences et relativement peu dans les autres matières. En résumé, cette intégration n’est pas toujours au rendez-vous.

La plupart des enseignants ne maîtrisent pas toujours ces nouvelles technologies et sont souvent peu à l’aise face à des élèves qui ont grandi avec celles-ci. Ce problème risque de s’aggraver, car les facultés des sciences de l’éducation intègrent peu ces technologies dans la formation offerte aux futurs enseignants. 

Un problème de structure ? 

Le débat que nous impose la CAQ est tout simplement futile face au dossier de la persévérance chez nos jeunes. La restructuration des commissions scolaires permettra-t-elle de mettre fin à la ségrégation, de créer des classes avec des élèves de forces différentes, de transformer l’école secondaire pour limiter le rôle des cégeps, d’améliorer la maîtrise de la langue écrite, de valoriser la profession enseignante, de renouveler la pratique professionnelle des enseignants en y intégrant mieux les nouvelles technologies ?

En quoi un tel débat de structure va-t-il améliorer la réponse à ces grands enjeux ? Et surtout, la réforme Roberge va-t-elle améliorer la persévérance et la réussite ?

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