Le ministère du Tourisme vient de faire connaître son plan stratégique en tourisme 2020-2023. Notre gouvernement nous avait pourtant jusqu’ici habitué à questionner le statut quo dans d’autres secteurs tels que la santé et l’éducation, mais nous restons sur notre appétit en tourisme : rien sur les changements climatiques et le développement local, pourtant identifiés comme enjeux incontournables pour l’avenir du tourisme sur la planète.

Jean-Michel Perron 
Conseiller senior en tourisme, l’auteur œuvre depuis 46 ans en tourisme au Québec et à l’international 

Alors que des destinations telles que le Yukon et la Colombie-Britannique mettent résolument l’accent sur l’environnement et les changements climatiques, c’est le silence radio au Québec sur ces sujets. Comme projet de société, le gouvernement nous invite uniquement à la croissance en volumes et en recettes touristiques. Les mêmes objectifs qu’il y a 40 ans. Et c’est un modèle dépassé qui ne fait qu’ignorer l’éléphant dans la pièce : les changements climatiques. On n’anticipe ici ni les changements sur la nature, sa faune et sa flore, ni les changements à venir du comportement des touristes internationaux pour qui les voyages devront tenir compte de la santé de notre planète.

Le Québec a pourtant l’occasion d’innover et de devenir un leader mondial en gestion des changements climatiques pour le tourisme : 

– Sensibiliser sérieusement tous les acteurs de notre industrie en leur donnant des outils pour les soutenir dans une transition nécessaire autant sur les normes à mettre en place qu’un outil sur les impacts anticipés du climat à court et long terme pour leur secteur ;

– Respecter les pratiques de développement durable. Depuis les débuts de la Loi québécoise sur le développement durable et ses 16 principes en 2006, Tourisme Québec et les autres ministères n’ont pas appliqué ces principes ;

– Nous devrions transformer trois secteurs précis en tourisme dans cette direction : pour les circuits en automobile, fort populaires auprès des clientèles internationales, soutenir la mise en place d’une ou de plusieurs entreprises de location de véhicules électriques ; pour les autocars et minibus touristiques, adopter les véhicules électriques ; poursuivre le développement de la motoneige électrique en implantant un réseau de bornes/remplacement des batteries en conséquence ;

– Abandonner dans la construction, lorsque possible, l’acier et le béton afin de privilégier le bois, très écologique, sécuritaire et durable, contrairement à l’acier et au béton, de très grands pollueurs lors de leur transformation. On peut aujourd’hui construire un hôtel de 20 étages en bois. Une politique de subventions touristiques exigeant des composantes en bois québécois répondrait aussi aux désirs des visiteurs, mais aiderait également à soutenir notre industrie forestière. Avec le tourisme, l’électricité et le bois de nos forêts représentent l’avenir écologique du Québec des régions ;

– Miser encore plus sur l’hiver comme positionnement distinctif du Québec, car le réchauffement climatique, à moyen terme, risque de nous donner un avantage comparatif. Avec l’immensité et le positionnement géographique de notre territoire, nous pourrons offrir de la neige de qualité encore longtemps ;

– Pour réussir un tel virage majeur, les partenaires à associer sont les agences et ministères québécois et fédéraux à titre de pourvoyeurs de subventions et de donneurs d’ouvrage ; les PME et les organisations en tourisme ; les visiteurs (replanter des arbres pour compenser leur voyage en avion ou en auto) et les citoyens.

« How dare you ! » Imaginez donc un autre tourisme.