L’heure est aux bilans de fin d’année, n’est-ce pas ? Et puisque 2020 approche, pourquoi pas un bilan de fin de décennie, afin de nous préparer à celle qui est à nos portes ?

Fabrice Vil Fabrice Vil
Collaboration spéciale

Il y a quelques jours, j’ai songé aux 10 dernières années de ma vie. D’abord, le film Retour vers le futur m’avait promis en 1985 qu’en 2015, l’Hoverboard verrait le jour. Vous savez, cette planche volante utilisée par Marty McFly ? J’attends depuis cinq ans, avec impatience.

Mais encore ?

Je constate que dans ma vie, les années 2010 ont été marquées par l’imprévisibilité.

PHOTO TIMOTHY A. CLARY, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

« Puisque 2020 approche, pourquoi pas un bilan de fin de décennie, afin de nous préparer à celle qui est à nos portes ? », se demande notre collaborateur.

Il y a 10 ans, j’étais avocat dans un grand cabinet. Le gros salaire. Le bénévolat à mes heures. Les partys au Rachel Rachel le jeudi. À l’Edgar Hypertaverne le vendredi. À La Porte rouge le samedi. De retour au palais de justice le lundi.

Le 1er janvier 2010, jamais n’aurais-je imaginé que je fonderais un an plus tard un organisme à but non lucratif pour les jeunes. Que je quitterais la pratique du droit et troquerais un jour le complet-cravate contre le hoodie. Que Pierre Foglia écrirait sur le sujet. Que j’écrirais moi-même dans le même journal que M. Foglia.

Je dépose ici ces réflexions personnelles, soupçonnant que vos vies ont aussi été marquées, ces dernières années, par des changements totalement imprévus. « Qui prédit l’avenir est trompeur ou trompé », dit un proverbe français.

Ce constat me porte à anticiper que malgré toutes les planifications du monde, l’imprévu continuera à nous gouverner au cours de la prochaine décennie. « Le chaos est le berceau de la vie », m’a déjà dit un ami. L’inconnu du futur m’excite autant qu’il m’effraie. Quoi qu’il en soit, je souhaite avoir le courage de m’y abandonner. C’est ce qui est garant, à mon avis, d’une vie complète.

Les 10 prochaines

Cette réflexion au sujet des bouleversements des années 2010, et de ce que les années 2020 nous réservent, s’applique aussi à notre société.

En 2010, Donald Trump était l’animateur d’une émission de téléréalité (certains diraient qu’il l’est encore). Tinder n’existait pas. BlackBerry était un acteur important de l’industrie de la téléphonie cellulaire. Je ne savais pas ce que voulait dire « binge-watcher ». La température de la Terre était moins chaude. Le chômage était un plus grand problème que la pénurie de main-d’œuvre. Ni le printemps arabe ni le printemps érable n’avaient encore vu le jour. Je n’avais encore jamais mangé de toast à l’avocat.

Le monde est en constant changement, et nous ne pouvons faire autrement que de l’embrasser comme tel au cours des années à venir.

Certains observateurs parlent du monde VICA : Volatil, Incertain, Complexe et Ambigü.

Volatil parce que les changements auxquels le monde fait face se vivent avec une énorme amplitude, ainsi que beaucoup de force et de vitesse. La progression des outils technologiques en est un exemple.

Incertain en raison de l’imprévisibilité inhérente aux événements que vit notre monde. Personne n’aurait pu prévoir des mouvements comme #metoo.

Complexe, parce que les facteurs en cause ne sont pas linéaires. Ils interagissent d’une manière qui nous empêche de les comprendre par des règles précises. Comment poser des gestes justes dans des contextes comme l’éducation et la gestion, où il n’y a pas de recette unique à imposer ?

Ambigu, parce que les événements de notre monde mènent à diverses interprétations selon les informations disponibles. La notion d’appropriation culturelle mène à des points de vue fort divergents en fonction des réalités vécues par chacun.

Le monde VICA dans lequel nous vivons peut générer le doute, la méfiance, la peur qui se traduisent en repli sur soi, en recherche de solutions simples et de règles strictes. Ce qui pourrait mener à notre perte.

Les sentiments difficiles que nous vivons à travers tous les bouleversements locaux et internationaux ne disparaîtront pas. Il nous appartiendra de faire des choix conscients et courageux afin de faire place à toute l’ouverture, la flexibilité et l’innovation que le monde exige de nous.

Lors de la prochaine décennie, la vie battra rythme qu’elle dictera. De quelle manière allons-nous danser ?