En réponse au texte de Véronique Lauzon « Être le visage d’une marque à l’ère du Pacte », publié le 11 décembre

Mélissa de La Fontaine Mélissa de La Fontaine
Conférencière, auteure et consultante zéro déchet

Quand je dis que « j’avoue que ça me trouble de voir des artistes très connus faire de la pub pour des chars », voici ce que je ne dis pas.

Je ne dis pas qu’on peut irradier les voitures de la surface de la planète en claquant des doigts.

Je ne dis pas que les voitures électriques ne sont pas une avancée intéressante (même si elles comportent aussi leur lot d’enjeux environnementaux dont on oublie souvent de discuter).

Je ne dis pas que les gens qui dépendent d’une voiture dans leur contexte de vie devraient se flageller.

Ce que je remets en doute, c’est le marketing. La publicité. Ces méthodes qui incitent les gens à acheter alors qu’ils n’ont pas de besoins réels.

Cette industrie qui pousse à changer nos voitures tous les quatre ans, nos cellulaires chaque année et nos vêtements 52 fois par année.

Ce que je remets en doute, c’est le système économique sur lequel s’appuie la publicité. Système qui commande une croissance économique à l’infini et qui dépend donc de la publicité pour inciter une consommation effrénée afin d’alimenter la machine. Système qui fonctionne pourtant dans un cadre de plus en plus limité par les ressources de la Terre.

Le cas de figure de la voiture électrique

Certains diront aussi que tout est tiguidou tant qu’on parle de voitures électriques, de pailles réutilisables, de vaisselle compostable ou de tout produit dit vert.

En gros, consommer mieux, mais consommer toujours plus. Le problème avec cette idée, c’est que même si ces produits sont (parfois) plus verts, si on en consomme plus, eh bien, on ne fait aucun gain environnemental.

La voiture est d’ailleurs mon exemple fa-vo-ri ! Grâce à la technologie, les voitures sont de plus en plus efficaces énergétiquement. Pourtant, au Québec, le poids moyen des voitures augmente de 12 kg par année. Plus efficace, mais plus énergivore…

Mon point ici est fort simple : si on n’a pas besoin d’un produit, que celui-ci soit « vert » ou non, ce n’est pas écoresponsable de le consommer.

Consommer moins en priorité et mieux en second.

Mais comme les entreprises vivent dans un système de croissance perpétuelle, elles se fendent en quatre pour nous convaincre qu’on peut consommer tout autant, même plus, tant que les produits sont « verts ». Et on aime ça se faire convaincre qu’on n’a pas tant à changer nos habitudes. Juste prendre le produit avec une étiquette verte. C’est plus simple. Et plus confortable.

Mais tout ça se fait au prix de l’environnement, de notre santé et de notre survie sur cette planète.

Le cycle de vie des objets

Pourquoi est-il si important de consommer moins ? Parce que les produits de consommation ont un « cycle de vie » et c’est souvent celui-ci qu’on oublie collectivement de voir.

Prenons (encore) la voiture en exemple. Disons que je possède déjà une voiture à moteur, qui fonctionne très bien par ailleurs. Mais j’ai un désir viscéral d’être plus écolo. Mon premier réflexe dans notre société de consommation ? Acheter quelque chose pour remédier à la situation. Ça tombe bien, parce qu’on me dit que les voitures électriques, c’est super écolo. Je m’achète donc une nouvelle voiture électrique en me disant que j’ai vraiment bien fait, parce que je n’aurai plus à acheter de pétrole.

Le problème ? Il a fallu produire ma nouvelle voiture.

Produire la batterie, la carrosserie, l’électronique, les sièges, les roues, les fenêtres. Et tout ça comprend son (grand) lot de transport, d’emballages, d’énergies et de ressources. Et comme je viens de créer une demande pour un nouveau produit, c’est un produit de plus qu’on devra aussi gérer en fin de vie : transport, recyclage, enfouissement, etc. Ça, c’est ce qu’on appelle le cycle de vie d’un objet. Et ça pèse très lourd dans la balance environnementale. Très. Lourd.

J’aurais donc mieux fait de garder ma voiture précédente (qui existait déjà) pour l’amener jusqu’au bout de sa vie utile avant de magasiner une voiture électrique.

Se dire écolo, un synonyme d’être parfait ?

Maintenant, est-ce que tout le monde qui se dit « écolo » doit être parfait ? Absolument pas ! Je suis une des premières à expliquer dans mon travail qu’il est important de respecter nos limites personnelles, notre contexte de vie et notre rythme pour amorcer une transition écologique afin de s’assurer que cette dernière soit pérenne.

Mais il me semble qu’on se doit un minimum de cohérence. Pour demander aux autres d’agir, il me semble important de nous-mêmes mettre en place ce qui est en notre pouvoir pour faire cette transition.

Et pour moi, promouvoir une industrie qui est hautement polluante et qui met en place des stratégies pour étendre son pouvoir afin d’assurer sa croissance est d’une grande incohérence.

Spécialement si ce n’est pas nécessaire.

***

Et donc, quand j’exprime mon malaise avec les gens qui se présentent comme porte-parole de marques de voitures, c’est la publicité dans un cadre de surconsommation que je remets en doute. Et le pouvoir qu’une poignée de gens ont sur plusieurs concitoyens grâce à cet outil.

Avec de grands pouvoirs, de grandes responsabilités, qu’on dit ?