Si vous appreniez que, sur un simple coup d’œil, des milliers de personnes se retrouvent isolées socialement, moins aptes à recevoir des soins de santé de qualité ou un diplôme d’études supérieures ou discriminées à l’emploi, vous seriez sans doute choqué. Pourtant, c’est précisément ce qui se passe lorsqu’on est touché par la grossophobie.

Edith Bernier Edith Bernier
Fondatrice de Grossophobie.ca, et de nombreux signataires*

Et c’est pourquoi nous sommes convaincus de la nécessité de la récente pétition à l’Assemblée nationale du Québec afin que les personnes grosses ne se voient plus traitées comme des citoyens de seconde zone.

Personne ne choisit de devenir gros

Malgré la croyance populaire qui veut le contraire, être gros n’est pas un choix. Qu’on se le dise : personne ne choisit de devenir gros. Ou de le rester. Dans un récent reportage sur la grossophobie médicale, le DDominique Garrel indiquait que 70 % du poids d’un individu est hors de son contrôle, car il relèverait de la génétique.

Et le 30 % qui reste ? Il est influencé par différents facteurs socio-économiques, notamment.

Les régimes sont des échecs dans une proportion allant jusqu’à 95 %, en plus de représenter des risques de santé sérieux. De plus, certains produits minceur peuvent être dommageables pour la santé.

Quant à la chirurgie bariatrique, on ne devrait pas la voir comme une panacée. Les risques du bypass gastrique – la variante de la chirurgie la plus pratiquée aux États-Unis – sont indéniables : une personne sur cinq opérée et suivie dans le cadre d’une étude a démontré des symptômes d’un trouble lié à l’usage d’alcool. La même étude fait état d’une hausse importante du taux de tentative de suicide chez les personnes opérées, en comparaison à une cohorte de personnes « non obèses ».

La grossophobie a des impacts réels… et graves 

Même l’Organisation mondiale de la santé le dit. Tant chez les jeunes que chez les adultes, la stigmatisation liée au poids est présente : milieu scolaire, employeurs, médias, soins de santé… même chez les proches. Résultat ? Un accès et une qualité de soins de santé diminués, de l’intimidation dès l’âge scolaire, de l’isolement social, de la détresse psychologique et de nombreuses autres conséquences sur les personnes grosses.

La grossophobie nous touche tous 

Chez les adolescents, les moqueries liées au poids peuvent mener au développement de troubles alimentaires, même chez les personnes de poids dit « normal ». La science a démontré que la stigmatisation liée au poids, incluant l’humiliation, fait beaucoup de dommage. Et que les messages de peur véhiculés par plusieurs campagnes de santé publique ne font qu’accentuer les préjugés négatifs associés aux personnes grosses.

La lutte contre la grossophobie n’est pas une lutte contre la prévention de l’obésité. Nous reconnaissons que, certes, il arrive que l’on doive parler de poids. Dans ces cas, nous sommes d’avis qu’il est possible de le faire en considérant ce facteur comme un parmi tant d’autres, comme la génétique, l’âge ou les différentes habitudes de vie. De la même façon qu’on doit blâmer la pauvreté et non la personne pauvre, il faut s’attaquer aux circonstances qui permettent la discrimination envers les personnes grosses et non pas aux personnes qui en sont victimes.

* Signataires : Annie Aimé, psychologue ; Joëlle Arseneau, réalisatrice et productrice ; Caroline Bergeron, nutritionniste ; Catherine Bergeron, nutritionniste ; Nesrine Bessaïh, anthropologue et coordonnatrice de La CORPS féministe ; Martine Bienvenue, nutritionniste ; Joanne Blais, directrice de la Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie ; Myriam Blanchette-Sylvestre, psychologue ; Nancy Bordeleau, auteure du blogue Cinq Fourchettes ; Michèle Boisvert, infirmière retraitée et cofondatrice de la Coalition Corps-Accord ; Sandrine Bourget-Lapointe, libraire L’Euguélionne ; Josée Champagne, directrice générale d’Anorexie et boulimie Québec (ANEB) ; Catherine Cloutier Charette, éducatrice spécialisée et fondatrice de L’emmèredeuse ; Gabrielle Lisa Collard, journaliste, blogueuse et fondatrice de Dix Octobre ; Hubert Côté, designer ; Julie Côté, animatrice radio ; Karine Cotton, psychoéducatrice et psychothérapeute ; Janick Coutu, psychologue ; Maxime D.-Pomerleau, artiste multidisciplinaire ; Stephanie de Sève, réalisatrice ; Annie Deschamps, éducatrice, animatrice et autrice ; Anne-Marie Dupras, humoriste et autrice ; Jordan Dupuis, animateur et chroniqueur ; Mélanie Ederer, candidate à la maîtrise en travail social ; Melissa Emblin, danseuse, chorégraphe et éducatrice ; Isabella Forget, mannequin et maquilleuse ; Virginie Fortin, humoriste ; Marie-Andrée Gauthier, coordonnatrice générale du Réseau des Tables régionales de groupes de femmes du Québec ; Tanya Guitard, psychologue ; Élise Gravel, autrice-illustratrice ; Catherine Hamann, comédienne ; Claudia Houle, nutritionniste ; Yves G. Jalbert, spécialiste de contenu à l’Association pour la santé publique du Québec ; Lourdenie Jean, activiste et fondatrice de L’environnement, c’est intersectionnel ; Chrislène Jean Baptiste, mannequin, blogueuse et fondatrice de Mtl Fat Babe Squad ; Catherine Labelle, travailleuse sociale ; Marianne Laplante, étudiante à la maîtrise ; Marie-Danielle Larocque, militante féministe et intervenante sociale ; Patrick Lemay, photographe ; Diane Lesage, enseignante retraitée et cofondatrice de la Coalition Corps-Accord ; Sonia Lévesque, designer, styliste et conférencière ; Julia Lévy-Ndejuru, nutritionniste ; Isabelle Lortie, fondatrice d’Isaprofetc.com ; Mélanie Maynard, animatrice, comédienne, autrice et mère ; Marjolaine Mercier, nutritionniste ; Marilou Morin, nutritionniste ; Luca Patuelli, danseur, chorégraphe et éducateur ; Geneviève Pettersen, animatrice et autrice ; Daryline Put, médecin de famille ; Naïla Rabel, comédienne ; Marie-Josée Rainville, diététiste-nutritionniste ; Marie-Michèle Ricard, psychoéducatrice et psychothérapeute ; Stephanie Robillard-Sarganis, fondatrice-rédactrice en chef du blogue Ma banlieue ; Emily Roy, blogueuse mode taille plus – Emy Needs a Raincoat ; Lisa Rutledge, nutritionniste ; Rachel Saintus-Hyppolite, enseignante à la Commission scolaire de Montréal ; Patrice Saucier, écrivain ; Cindy St-Laurent, nutritionniste-diététiste ; Josiane Stratis, fondatrice d’Incluses ; Catherine Thomas, humoriste ; Laurent Trépanier Capistran, avocat ; Marc-Antoine Turcotte, vidéaste autonome ; Emilie Vaillancourt, parent et citoyenne ; Rosalie Vaillancourt, humoriste ; Lysianne Vallée, technicienne en loisir en milieu scolaire ; Corinne Voyer, directrice de Coalition Poids ; Patrick White, professeur ; Julie Witty Chagnon, directrice d’Arrimage Estrie ; Alexandro R. Zarruk, médecin