J’ai beau faire partie de la jeunesse, il m’arrive, comme à Denise Bombardier, d’oser me prononcer sur la détérioration du français. J’entends aussi Pauline Marois lorsqu’elle se désole des statistiques : « Les jeunes semblent moins inquiets pour le français. » Lorsque j’entends les jeunes des reportages répondre à cette affirmation, ceux-ci confirment : « Oui, nous sommes bilingues, alors nous ne sommes pas inquiets. » Et là, moi, je m’inquiète ! 

Chloé-Anne Touma Chloé-Anne Touma
Entrepreneure et experte en communication

En quoi le fait d’être bilingue a quoi que ce soit à voir avec le fait de s’inquiéter ou non pour une langue que l’on devrait chérir ? Je travaille en français et en anglais au quotidien, je me débrouille aussi en espagnol, je baragouine un peu de libanais ici et là, et je chante en mandarin et en japonais. Et alors ? Ai-je oublié à quel point j’affectionne la culture francophone ? Son esthétique à part entière ? Ses nuances et son élégance incomparables ? Ce facteur d’identité ? Non. Dire que je ne m’inquiète pas de la voir perdre du terrain lorsque je me fais servir exclusivement en anglais dans les commerces et restaurants, ce serait mentir.

Maintenant, j’ai beau être d’accord sur le fond, je ne le suis pas sur la forme. J’estime que les campagnes de sensibilisation faites auprès des jeunes ne sont pas la solution. Que le problème réside au premier niveau de la pyramide, et non pas à son sommet.

Les « vieux » ont de la difficulté à admettre qu’ils sont en partie responsables du désintérêt de la jeunesse pour le français.

En tant que milléniale et professionnelle des communications ayant travaillé pour des organismes en éducation, je fais d’autres observations.

Les exigences d’embauche des enseignants au primaire ont baissé. Des professeurs à peine lettrés enseignent parfois à vos enfants. Mais ça, on n’ose pas en parler. Il est bien plus facile de blâmer les enfants pour leur faible niveau de français tout au long de leur scolarité…

Dans les cours de français du niveau secondaire, on perd notre temps avec des nouvelles littéraires tantôt trop modernes ou sédentaires, d’auteurs plus ou moins pertinents, tantôt trop lointaines et trop franchouillardes. Avec tout ça, très peu de classiques incontournables sur lesquels se pencher. On n’est pas incités à réfléchir. Les exercices de rédaction se limitent à faire des résumés, ou à répondre à des quiz de lecture sans intérêt, n’allant pas au fond des choses.

De futurs défenseurs de notre langue

Nous savons que la moitié des jeunes de 25 à 35 ans ne font pas d’études postsecondaires, et ce, malgré la quasi-gratuité scolaire au collégial. De toute façon, au niveau universitaire, les critères d’admission aux programmes liés à la littérature ou aux sciences sociales sont tellement bas et peu spécifiques que n’importe quel étudiant peut y être accepté, même s’il a peu de dispositions linguistiques. Ce même étudiant accédera un jour à un poste clé en communication, en journalisme ou en enseignement, et aura la responsabilité d’être défenseur de notre langue.

Voilà pourquoi notre génération est si médiocre et désintéressée. La formation littéraire est de moins en moins valorisée par les institutions et le marché du travail.

Les salaires des enseignants, premiers acteurs d’influence du niveau de culture de la jeunesse, ne sont pas assez élevés pour la responsabilité qui leur incombe. Les nouveaux communicateurs ne font plus partie d’une élite. C’est ça, la réalité. Le pot aux roses, je vous le dévoile.

Alors avant d’investir dans des campagnes ciblant les jeunes, pourquoi ne pas réévaluer les dispositifs de première instance qui définissent l’importance du français en société ? Jeunes et plus vieux y auraient tout à gagner.