Il y a peu de temps se sont déroulés les 12 jours d’action pour l’élimination de la violence envers les femmes. Aujourd’hui, ce n’est plus de la tristesse, mais de l’indignation que je ressens.

Sabrina Lemeltier Sabrina Lemeltier
Directrice générale de La Dauphinelle, maison d’hébergement pour femmes avec enfants

Dahia Khellaf avait des raisons de craindre pour sa sécurité et c’est une ordonnance du tribunal interdisant à son ex-mari de l’approcher qui devait la protéger, elle et ses enfants. En réalité, cette ordonnance, communément appelée un « 810 », ne protège pas les victimes de violence conjugale ; elle ne fait que désengorger les tribunaux.

C’est de l’indignation que je ressens, car c’est le même scénario et les mêmes enjeux de sécurité qui se répètent. 

Nous avons tout en main pour mettre en place des mesures pour protéger les femmes et les enfants victimes de violence conjugale.

Nous savons que la violence conjugale ne s’arrête pas au moment de la séparation et qu’elle va au contraire s’accentuer, le risque d’homicide étant important en contexte de violence post-séparation.

La première action à prendre est de croire les femmes et de mettre en place de réelles mesures de sécurité pour elles et leurs enfants. C’est ce que nous pourrions nommer le principe de précaution. La seconde est de décider de réunir tous les acteurs qui interviennent en violence conjugale autour du Plan d’action gouvernemental en matière de violence conjugale.

Ce plan existe au Québec depuis 1995, mais force est de constater qu’il comporte des lacunes importantes, qui ont pour conséquence qu’une femme et deux enfants ont perdu la vie mercredi. L’histoire se répète, encore et encore.

Le gouvernement et les différents ministères responsables de la prévention de la violence conjugale savent que nous n’avons pas suffisamment de places d’urgence en maison d’hébergement. Ils savent aussi que les femmes et les enfants qui sortent d’une maison d’hébergement de première ligne et qui ont encore besoin d’un environnement sécuritaire ne pourront pas accéder à une maison d’hébergement de deuxième étape, faute de place. Ils sont également au fait des incohérences entre la cour criminelle, qui connaît la dangerosité de l’agresseur, et la cour civile qui, en maintenant des contacts entre le père et les enfants, met en danger les femmes.

Nous devons impérativement travailler en parallèle sur la prévention pour agir tant sur les causes de la violence conjugale que sur ses conséquences.

Les maisons d’hébergement au Québec offrent un accompagnement spécialisé en violence conjugale et doivent avoir les moyens d’accueillir et d’accompagner les femmes et les enfants. Notre expertise doit être utilisée pour prévenir d’autres homicides conjugaux en contexte de violence post-séparation.

Au moment d’écrire ces lignes, 10 femmes et 19 enfants sont hébergés à La Dauphinelle. Nous n’avons plus de places disponibles. Si Mme Khellaf nous appelait aujourd’hui, nous ne pourrions pas l’accueillir. Indignons-nous !