Les larmes de Dominique Anglade au rappel de la mort de son père et de sa mère dans le tremblement de terre de 2010 en Haïti ont ému bien des Québécois qui ignoraient ce drame. La députée libérale s’était gardée d’en parler jusqu’à présent, ce qui est tout à son honneur en cette ère de victimisation généralisée.

Christian Dufour Christian Dufour
Collaboration spéciale

Cela a humanisé le personnage de la candidate à la chefferie du PLQ dont ses compatriotes connaissent peu de chose, sinon que certains ont immédiatement confondu le fait qu’elle serait noire avec son handicap objectif pour reconnecter le PLQ à la majorité francophone, à savoir qu’elle est une Montréalaise issue des communautés culturelles.

Couleur de peau

N’en déplaise à ceux qui voient du racisme et de l’exclusion partout, non seulement le fait que Mme Anglade est noire ne constitue pas un problème pour la plupart des Québécois blancs, de souche, ex-catholiques, alouette, mais plusieurs d’entre eux – y compris le soussigné – n’avaient même pas remarqué la couleur de sa peau jusqu’à ce qu’on nous l’apprenne.

C’est dire à quel point la culture politique québécoise issue de la Révolution tranquille est loin de ce multiculturalisme canadien qui carbure aux identités, microdifférences et quotas de toutes sortes.

C’était évident il y a deux semaines à la lecture d’un texte d’un collaborateur de La Presse qui prétendait, au contraire, qu’il fallait voir les différences. Selon lui, une société ne peut être « inclusive » si elle reste aveugle à ces dernières, l’évaluation des politiciens se faisant également en fonction de leur âge, de leur sexe ou de leur couleur.

Une évaluation selon la couleur ? Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on entre en territoire glissant. Jusqu’à présent, le fait que l’on soit noir, blanc ou violet n’est heureusement pas un critère dans la culture politique québécoise pour juger de la valeur d’un politicien au-delà de sa compétence et de sa rentabilité électorale.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Le spectacle de la fête nationale du Québec, sur la place des Festivals, en 2016

Je n’en ai pour ma part rien à cirer de la couleur de peau de Mme Anglade, ce qui ne m’empêche pas d’être touché par son drame personnel ni de m’intéresser à son aptitude, ou non, à faire en sorte que la fidélité première du PLQ continue à aller au Québec.

Les séismes ne regardent pas la couleur des gens qu’ils tuent.

Multiculturalisme sans limites

Il faut être fier de ce que le Québec moderne issu des années 60 adhère à la grande pensée universaliste du siècle des Lumières européen au XVIIIsiècle, où l’on tient mordicus à ne pas faire de différence entre des citoyens tous égaux en statut.

En tant que gai, il me ferait quant à moi horreur que l’on m’accorde quelque attention particulière que ce soit en raison de mon orientation sexuelle.

Cet universalisme apparaît pas mal plus progressiste qu’une idéologie multiculturelle régressive à sa face même, que l’on essaie d’enfoncer dans la gorge des Québécois, une idéologie que l’on présente comme ouverte et tolérante alors qu’elle est paradoxalement importée des États-Unis où l’animosité, sinon la haine, règne souvent entre les groupes, une idéologie recyclée par le Canada en partie pour remettre le Québec à sa place.

En effet, ce n’est pas un hasard si le pays semble disposé à reconnaître toutes les différences de la galaxie, sauf la québécoise, pourtant celle du peuple fondateur canadien sur le plan historique, et si l’on mène au Canada une lutte contre les discriminations les plus pointues, sauf à une francophobie encore pratiquée dans certains cercles bon chic bon genre canadian.

Ce n’est pas un hasard non plus si aucun gouvernement québécois n’a jamais adhéré à ce multiculturalisme qui a fait son apparition en 1982 dans une Constitution canadienne qui nous a été imposée et qui réduit le fait national québécois à ses aspects ethniques.

Au départ, cela ne faisait que s’ajouter par la bande aux autres composantes de l’identité canadienne depuis 1867 : la vieille dualité franco-anglaise, le régionalisme dans l’Atlantique et l’Ouest, la mythologie du Grand Nord, les autochtones, le « Canadian Mappism », etc.

Mais on voudrait maintenant nous faire croire que le Canada ne se réduit plus désormais qu’à cela, un multiculturalisme sans limites.

Interculturalisme

Il faut donc souhaiter que, si possible avec l’appui des autres partis à l’Assemblée nationale, le gouvernement caquiste fasse adopter une loi sur l’interculturalisme qui reconnaisse, elle, l’existence d’une culture d’accueil au Québec, celle de la majorité francophone vers laquelle les nouveaux arrivants sont invités à converger sans abandonner leur culture d’origine.

La société distincte québécoise au sein du Canada se doit d’affirmer sa vision à elle face à un multiculturalisme qui, loin de ses débuts bon enfant, s’est graduellement transformé en une idéologie intolérante, destructrice de ce que nous sommes.