En 2020, il y aura 20 ans que la loi qui allait regrouper les villes de l’actuelle agglomération de Longueuil a été adoptée.

Doreen Assaad Doreen Assaad
Mairesse de Brossard

Au-delà des structures légales qui ont évolué au fil du temps, il faut bien réaliser que nous ne nous sommes pas encore dotés des mécanismes appropriés pour bien travailler ensemble. Comme représentante de Brossard, j’ai manifesté à plus d’une reprise l’insatisfaction de ma population devant le peu d’écoute de l’administration centrale. D’autres avant moi, dans la même fonction, ont fait de même.

Pourtant, je demeure persuadée que tous les citoyens de l’agglomération préféreraient que nous nous écoutions plus et que nous nous comprenions mieux.

Ils s’attendent à ce que leurs élus mettent en commun leur vision et leur énergie de manière à renforcer la promotion de nos intérêts communs et notre place au Québec. Pourquoi ne pas décider maintenant et par nous-mêmes de changer nos mauvaises habitudes et de faire équipe ?

En janvier 2019, la mairesse de Longueuil a produit un mémoire dans le cadre de la consultation prébudgétaire du gouvernement du Québec. C’est une bonne initiative. Dans ce mémoire, elle rappelle que notre agglomération regroupe 427 000 citoyens, soit près du tiers des habitants de la Montérégie, dont elle est le moteur économique.

Prendre notre place

Cela dit, elle constate aussi que le gouvernement ne reconnaît pas convenablement notre statut en Montérégie et au Québec. À ce sujet, elle donne entre autres l’exemple du Fonds d’appui au rayonnement des régions, duquel l’agglomération de Longueuil a reçu la somme de 915 000 $ en 2018-2019 alors que Laval, avec une population comparable, obtenait une somme de 1,7 million. Voilà certainement un exemple parmi tant d’autres qui démontre que nos divisions entraînent un coût pour nos citoyens.

Considérant notre poids économique, la mairesse de Longueuil écrivait dans son mémoire : « L’agglomération de Longueuil doit pouvoir se prévaloir d’outils propres pour répondre aux besoins croissants liés à son développement économique. » Cela l’amenait à demander au gouvernement du Québec de lui accorder un fonds consacré, à l’instar de celui dont bénéficient Montréal et Québec.

Je suis d’accord avec la mairesse de Longueuil : les responsabilités qui nous incombent en raison de la taille de notre agglomération, notamment celles qui concernent la mobilité, la sécurité publique et le logement, ne sont pas reconnues correctement par Québec. Par contre, en participant à la consultation prébudgétaire de Québec sans avoir au préalable développé une position commune en conseil d’agglomération, elle n’a rien fait pour améliorer notre situation. Avant de se plaindre du peu d’écoute de Québec, il nous revient d’abord de prendre les moyens pour donner du poids et de la légitimité à notre voix. Il faut commencer par nous écouter nous-mêmes, entre nous.

Malheureusement, encore tout récemment, l’administration de la mairesse de Longueuil a raté une autre occasion de renforcer l’appartenance des citoyens à l’agglomération.

Un projet de règlement sur le partage des dépenses mixtes nous a été présenté sans que nous puissions participer à son actualisation. C’est bien connu, les élus de Brossard et d’autres au sein de l’agglomération souhaitent que l’on tienne compte du principe de l’utilisateur-payeur à l’égard de ces dépenses.

Encore une fois, on n’a pas considéré cette demande, et aucun scénario de rechange n’a été préparé et présenté aux élus et aux citoyens. Sans justification, comment les citoyens peuvent-ils trouver la décision équitable, et en quoi cela est-il censé renforcer leur appartenance à l’agglomération ? Ce manque de considération contamine notre gouverne interne et affaiblit notre voix vers l’extérieur.

Plutôt que le réflexe traditionnel d’isoler ceux qui, au nom de leurs citoyens, expriment des avis différents, comme c’est le cas en refusant à Brossard une représentation proportionnelle à son poids dans les comités de l’agglomération, nous devrions reconnaître la diversité de perspectives au cœur de notre regroupement et tenter de les concilier. Pour renforcer l’adhésion citoyenne à l’agglomération et nous rendre pertinents, nous devons changer les automatismes d’exclusion qui nous divisent.

Nous n’avons pas à attendre l’adoption de nouvelles lois à Québec.

Nous pouvons nous donner de nouvelles habitudes de concertation, permettre que la voix des citoyens que nous représentons soit entendue et considérée, favoriser la réalisation de nos ambitions particulières, et ainsi développer une appartenance et ajouter du poids à nos revendications communes.

Les élus de Boucherville peuvent mieux que moi présenter les préoccupations de leurs citoyens. À titre de mairesse de Brossard, je suis en meilleure position que quiconque pour plaider la cause de la population que je représente. Il en va de même à Longueuil, Saint-Lambert et Saint-Bruno. Pourquoi alors ne pas nous réunir, au-delà des structures légales, et convenir entre nous, dans le respect réciproque, de ce qui est préférable pour l’ensemble de l’agglomération ?

Un front uni

Je propose que nous nous inspirions de l’initiative de la mairesse de Longueuil et que nous profitions des prochaines consultations prébudgétaires pour présenter un front uni au gouvernement du Québec. Le développement économique, la qualité de notre environnement, la mobilité, la sécurité publique, les infrastructures prioritaires et bien d’autres questions doivent être discutées pour intégrer les avis des premiers intéressés.

Faire équipe ensemble, c’est choisir de prendre la place qui nous revient.

C’est certainement ce que souhaitent tous les contribuables que nous représentons. J’espère sincèrement que nous saisirons l’occasion des consultations prébudgétaires du gouvernement du Québec pour réunir les forces de l’agglomération de Longueuil.