Au début de novembre dernier, l’administration Trump a avisé les Nations unies du retrait des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat. Bien que le geste ait été annoncé en 2017, l’officialisation du retrait a produit une onde de choc, car elle provenait de la plus grande économie du monde et par le fait même, du deuxième pollueur en importance.

Pierre-Alexandre Cardinal Pierre-Alexandre Cardinal
Étudiant au doctorat en droit à l’Université McGill

Tribut à la triste mémoire du retrait du protocole de Kyoto par l’administration Bush en 2001, le retrait américain de l’accord laisse un champ ouvert aux nouveaux acteurs voulant se poser en leader dans la lutte contre les changements climatiques.

Bien que le retrait final repose en fin de compte sur le résultat de la prochaine élection présidentielle, des experts s’entendent sur la crainte que la prochaine année soit marquée par des efforts additionnels de la part de l’administration Trump pour faire dérailler les efforts globaux face aux changements climatiques.

Les premiers coups de l’offensive américaine pourraient d’ailleurs marquer les négociations de la COP25, qui ont débuté lundi dernier à Madrid, en Espagne. Ces négociations marquent une occasion pour le Canada de se poser aux côtés de l’avant-garde de la lutte contre les changements climatiques, et de corriger un bilan en mal de preuves quant à son engagement face à la crise climatique.

Le sérieux européen et le « Plan vert »

La mise en œuvre de l’accord de Paris nécessite de sérieux efforts par tous ses États signataires, qui sont à ce jour 194 en plus de l’Union européenne (UE). C’est d’ailleurs en Europe que des mesures de plus en plus sérieuses sont adoptées pour atteindre les objectifs de l’accord et pour limiter l’impact des changements climatiques sur les communautés, mais aussi dans l’UE plus largement. 

Le projet du Plan vert européen, piloté entre autres par la nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, aura pour objectif de faire de l’Europe le premier continent carboneutre.

Le plan est attendu dans les prochains mois et promet de rehausser la base de référence de nos politiques environnementales.

Von der Leyen a aussi proposé la conversion partielle de la Banque européenne d’investissement (BEI) en « banque du climat », objectif que l’institution semble d’ailleurs prendre à cœur avec sa vision de canaliser au moins 50 % de son financement dans des projets pour l’action climatique et le développement durable d’ici 2025 (la proportion est aujourd’hui à environ 30 %).

Dans l’idée de limiter un potentiel ralentissement de croissance dans certaines régions de l’Union européenne, Von der Leyen a annoncé aussi l’instauration d’un fonds d’ajustement pour la transition. Ce fonds agirait, entre autres, en soutien à un plan de transition énergétique et économique et servirait à limiter leurs effets dans des régions où sont concentrées des industries extractives ou d’autres industries au bilan environnemental peu reluisant et, par le fait même, appelées à évoluer.

Le leadership canadien

Exit les États-Unis ; la nouvelle administration Trudeau se retrouve devant un dilemme important et une occasion d’agir sur ses promesses par rapport à la lutte contre les changements climatiques.

Ayant pris les coups d’un bilan environnemental terni par la nationalisation de l’oléoduc Trans Mountain lors des dernières élections fédérales, la COP25 et le modèle européen offrent une bouée de sauvetage.

Le Canada aurait l’occasion d’afficher ses couleurs lors des négociations de Madrid, et de se poser en leader régional sinon mondial de cette lutte aux côtés de l’Union européenne, et d’influencer autant les champs diplomatiques que légaux, ainsi que d’agir en tant qu’exemple dans l’adoption de mesures et politiques économiques et sociales.

À l’image de la BEI, la Banque de développement du Canada (BDC) pourrait devenir un acteur clé dans le développement du leadership canadien dans la lutte contre les changements climatiques.

Bien que la BDC ait affiché son appui pour les initiatives et les innovations vertes, ses engagements financiers demeurent limités face aux objectifs affichés par la BEI. La BDC pourrait, de pair avec Affaires mondiales Canada, par exemple, agir comme catalyseur à l’investissement local et à l’étranger, en soutenant, par exemple, le savoir-faire développé au Canada ayant un potentiel pour soutenir une transition énergétique, ou encore pour faciliter l’adaptation et la mitigation des changements climatiques à l’étranger, directement avec des partenaires internationaux affichant des besoins sur ces plans. L’occasion d’affaires est là ; outre les États-Unis, il n’y a que peu d’États où cette transition n’est pas à l’ordre du jour. Là, on parle de leadership.

L’instauration d’un fonds de soutien à la transition – à l’image du projet Von der Leyen – contribuerait certainement à limiter les effets négatifs de celle-ci, à ainsi balayer l’épouvantail du ralentissement de la croissance économique brandi par certaines provinces, et à éviter la fâcheuse nationalisation d’une industrie passéiste en mal d’innovations durables.

Le plan vers la transition verte du gouvernement Legault – qui pourrait avoir pour objectif, à l’image du plan Von der Leyen, de rendre le Québec carboneutre – se fait d’ailleurs aussi attendre. Dans cette optique, il est important que la société civile, mais aussi les gouvernements provinciaux et municipaux ainsi que des entreprises canadiennes prennent faits et actes de nos valeurs et de nos engagements et laissent savoir à nos gouvernements que nous voulons plus, que nous pouvons plus.