Cher Monsieur Molson : quarante et un dollars et quatre-vingt-quinze par mois. C'est le prix que je paye pour regarder les matchs du Canadien. La seule et unique raison pour laquelle je paye encore le câble est pour appuyer le club de hockey de Montréal.
Avec Noovo, Disney+, Netflix, Amazon Prime, YouTube Premium, vous pouvez tous les nommer… bref, je n’ai plus réellement besoin de payer pour le câble. Je n’ai plus aucune raison de payer pour le câble, excepté mon appui au club de sport de mon enfance. Il n’existe aucune autre option pour écouter le Canadien lorsqu’on réside à Montréal que de payer le câble. Alors, chaque mois, je dis au revoir à cet argent de mon portefeuille.

Charles-Olivier Dubé Charles-Olivier Dubé
Étudiant en génie civil

M. Molson, vous allez comprendre que depuis quelques années, je réévalue sans cesse cette dépense ; 41,95 $ par mois pour un jeune de 22 ans comme moi, c’est quand même beaucoup, mais je le fais pour l’amour du club. Ces derniers temps par contre, j’ai l’impression que le club ne partage pas ce sentiment envers moi.

Je ne vais pas parler ici du fait que je suis né en 1997 et donc que je n’ai jamais célébré une Coupe Stanley de mon vécu. Je ne vais non plus parler du fait que la dernière fois que le CH a levé la coupe, les joueurs jouaient encore avec des bâtons en bois. Je vais vous parler du club d’aujourd’hui et des dernières années. Depuis quelques années, les fans sont fatigués du manque de courage et de vision de cette organisation qui fut un temps glorieuse.

Les partisans sentent qu’ils font partie d’un système où leur seule contribution est de se faire siphonner leur argent.

Je comprends que le sport est aussi un concours de chances, mais il existe aussi le sport de mettre les chances de son côté. Le Canadien de Montréal doit être une puissance dans la LNH et cela doit être reflété dans les employés engagés. Quitte à payer plus cher, ce serait un mal nécessaire. Si les fans sont prêts à payer, le propriétaire doit suivre cette volonté.

Il y a une raison pour laquelle les jeunes préfèrent maintenant se réunir pour écouter OD plutôt que le hockey. Pourquoi pensez-vous que Bell veut acheter V ? Les jeunes ont besoin d’un produit qui leur permet d’échapper à la triste réalité qui n’arrête pas de les entourer. Le monde veut voir un produit excitant : pas un produit qui est déprimant.

Ces temps-ci, regarder le Canadien n’est pas une distraction, c’est un rappel que des fois, la vie n’est pas belle.

Le CH a tricoté sa place dans le tissu social de Montréal en étant une échappatoire lorsque les temps étaient plus noirs. De multiples conquêtes de la Coupe Stanley ont permis d’avoir une population attachée à un club de hockey. Un club qui donne un espoir de gloire en accumulant les victoires est inévitablement une façon de garder ses partisans.

Par contre, ça ne prend pas un mathématicien pour expliquer que les chances de gagner sont de presque rien. Arrêtons donc de prétendre que le but ultime est de gagner alors qu’il devrait être de nous rassembler. Depuis des années, on s’entête à visionner un contenu plate à regarder parce que c’est soi-disant la bonne façon de gagner. Si ça continue encore dans cette même direction, vous pourrez dire au revoir à mon pognon.

Du spectacle, SVP

Comment me convaincre de rester plutôt que d’écouter une autre émission de téléréalité ? Faites des efforts pour ramener le spectacle du sport ! Encaisser des défaites fait mal lorsque le seul objectif est de ramener le Graal. Perdre une partie fait moins mal lorsque le match était rempli de folies !

Fini les paroles de transparence alors que tout ce qu’on reçoit est du silence. Les partisans ont besoin d’un message de bonnes intentions venant de la haute direction. Le hockey et Montréal, c’est une histoire patrimoniale. Maintenant que les jeunes possèdent plus d’options pour se divertir, l’organisation du Canadien doit faire un effort pour que cette relation persiste à l’avenir. Car faire payer 41,95 $ pour visionner de la télé saturée de publicité lorsque le contenu n’est pas de bonne qualité, ce n’est pas comme ça que le monde va rester.

P.-S. : Un beau geste pour commencer serait de ramener mon uniforme préféré : le maillot blanc traversé par une ligne bleu foncé.