Chaque année, le MAPAQ (ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec) prend la peine de nous brosser un portrait de ce qui se passe dans nos supermarchés en utilisant les données d’AC Nielsen, groupe bien connu pour sa base de données crédible. Les résultats pour l’année 2018 récemment publiés confirment certaines tendances intéressantes.

Sylvain Charlebois Sylvain Charlebois
Collaboration spéciale

En 2018, les Québécois ont dépensé 18 milliards de dollars au supermarché. Ce qui représente en moyenne 2204 $ par Québécois, davantage que dans n’importe quelle autre province canadienne. Ce chiffre, qui exclut le secteur de la restauration et des services alimentaires, est en hausse de 2,4 %. Au Canada, durant la même période, les ventes avaient augmenté de 0,8 %. Autrement dit, les supermarchés ont encore la cote au Québec tandis qu’ailleurs, les Canadiens donnent plus de place à la restauration. Mais le marché québécois se métamorphose tout de même.

Les résultats nous démontrent deux choses importantes. D’abord, les Québécois tout comme les autres Canadiens deviennent des adeptes du snacking ou du grignotage et du prêt-à-manger.

Les ventes de mets préparés surgelés augmentent de 4,5 %, les produits à grignoter augmentent de 3,3 % et les confiseries augmentent de 5,8 %. Les préparations alimentaires connaissent une énorme hausse de 8,5 %. Les consommateurs québécois cherchent à gagner du temps, et à acheter un petit quelque chose pour le prochain repas et non pour la semaine au complet.

En consultant le rapport, on s’aperçoit que nos cuisines deviennent désertes. La grande majorité des produits alimentaires qui nécessitent une transformation quelconque ont vu leurs ventes diminuer en 2018. Les produits pour cuisiner subissent une baisse de 0,2 %. La vente d’ingrédients de toutes sortes (par exemple, sauces, vinaigre, épices, sucre) est de plus en plus boudée par les consommateurs.

Autrement dit, pendant que nous lisons des livres de recettes et regardons des émissions de cuisine comme jamais auparavant, les instruments et ustensiles culinaires dans nos maisons accumulent la poussière. Les ventes ne mentent pas. À Toronto, il y a même des appartements à louer pour 3200 $ par mois sans espace désigné pour une cuisinière. Vous avez bien lu, sans cuisinière. Une petite cuisine avec un évier, un minifrigo, et voilà. Visiblement, les applications de livraison alimentaire font des ravages dans les grands centres urbains.

La protéine végétale en hausse

Parallèlement, l’assaut de la protéine végétale se concrétise. Les ventes de viande fraîche ont diminué de 2 %. Il s’agit de 33 millions de dollars de ventes en moins en une seule année. Pour le Canada, en juxtaposant quelques rapports des derniers mois, cela totalise 165 millions de dollars de ventes de viande fraîche en moins. Les ventes de haricots et de substituts, vous l’avez deviné, profitent d’une hausse. Avec le nouveau guide alimentaire présenté au début de 2019, cette tendance continuera fort probablement en 2019.

Les Québécois continuent à craquer pour les œufs, puisque les ventes connaissent une hausse de 6,9 %. De plus en plus populaire, l’œuf devient une source de protéine consommable tout au long de la journée.

Cette mode n’est pas étrangère au phénomène du déjeuner servi toute la journée dans le secteur de la restauration rapide. Les œufs biologiques, dont les ventes ont augmenté de plus de 17 %, représentent toujours une infime partie des ventes totales d’œufs, soit à peine 4 %.

Bonne nouvelle, cependant, les ventes de légumes ont augmenté de 6,2 % en 2018, malgré le désastre de la laitue romaine qui a plané sur l’année 2018 au complet. Les détaillants avaient même retiré des produits des magasins au beau milieu du temps des Fêtes, une période lucrative pour les détaillants.

Les produits ethniques ont connu une bonne année avec une hausse de 8,5 %. Les produits chinois, mexicains, japonais sont de plus en plus convoités.

Sans surprise, le tofu a connu une année record, enregistrant une hausse de 25,2 % de ses ventes, totalisant 47 millions de dollars.

Avec la pénurie connue en début d’année, l’année 2019 pourrait très bien fracasser un autre record.

Le kombucha, la boisson chérie d’un plus grand nombre de Québécois, mérite maintenant sa propre catégorie. Les ventes de kombucha au Québec dépassent le cap des 10 millions de ventes. Il sera intéressant de voir si l’engouement pour cette boisson fermentée atteindra un nouveau sommet.

En somme, le rapport nous présente des résultats qui font réfléchir. Le manque de temps, les préférences alimentaires qui diffèrent d’une génération à l’autre, plusieurs explications s’y prêtent. Ce qui est clair, si jamais vous vous retrouvez en train de cuisiner chez vous, dites-vous que vous êtes une espèce en voie de disparition !