La lettre s’adresse au nouveau ministre du Patrimoine canadien, Steven Guilbeault.

Émile Gaudreault Émile Gaudreault
Réalisateur, scénariste, producteur

M. Steven Guilbeault,

Comme moi, plusieurs personnes dans le milieu des arts ont été surprises par votre nomination au ministère du Patrimoine. Absolument rien dans votre parcours professionnel, de la fondation d’Équiterre à la direction de Greenpeace Québec, ne vous désigne comme un choix naturel pour devenir le ministre responsable de la culture au Canada. 

Face à cette décision du premier ministre Justin Trudeau, j’ai été inquiet par le peu d’importance qu’il semble avoir accordé aux arts quand il a réfléchi à la composition de son cabinet. Mais après avoir vécu un certain désarroi créé par votre nomination, et en y réfléchissant bien, je me dis qu’un militant kamikaze qui a grimpé 340 mètres de la tour du CN est peut-être exactement la personne dont nous avons besoin en ce moment au ministère du Patrimoine. 

Car comme vous allez l’apprendre rapidement, la culture au pays en arrache. Notre créativité se voit mise en danger par des espèces exotiques envahissantes qui viennent bouffer une grande partie de notre oxygène. 

Je parle, bien sûr, de ces entités gigantesques que sont les Google, Facebook, YouTube, Netflix, Amazon, Apple, etc., qui mettent en danger l’écosystème culturel canadien (et planétaire). 

Vos qualités de guerrier écologiste seront utiles, car les envahisseurs sont puissants et gourmands, ils prennent de plus en plus d’espace et refusent de reconnaître la valeur des œuvres d’art locales. Pour utiliser une image que vous comprendrez, il sont en quelque sorte « culturosceptiques ». 

Cette situation est d’après moi une réelle catastrophe nationale. Je l’ai déjà écrit (et ça empire), mais d’année en année, les créateurs québécois et canadiens doivent faire plus avec moins, tout en étant en compétition avec des artistes étrangers aux ressources infinies. 

Notre créativité doit être protégée. L’extinction de notre imaginaire collectif n’est plus un scénario pessimiste, mais une réelle possibilité.

C’est pourquoi il est important d’agir maintenant, de changer le système, de le rendre plus juste, d’amorcer une redistribution immédiate de l’argent généré par l’occupation de l’espace médiatique canadien.

Car c’est bien de cela que nous parlons, une occupation. J’espère, M. Guilbeault, que vous y verrez une nouvelle mission, que vous mettrez au service de cette cause toute la détermination dont vous avez fait preuve lors de vos engagements environnementaux, en plus de respecter les promesses électorales de votre parti, telles que taxer les géants du web dès le début de l’année 2020, injecter 50 millions additionnels annuellement dans Téléfilm Canada, et réviser la Loi sur le droit d’auteur. 

Je vous souhaite la meilleure des chances.