Un leader charismatique, un excellent communicateur, un visionnaire et un habile acteur politique.

Carl Simard Carl Simard
Président de Gestion de portefeuille stratégique Medici

Au-delà de ces compétences incontournables, le successeur de Michael Sabia à la tête de la Caisse de dépôt et placement du Québec devra avant tout avoir démontré qu’il est un investisseur aguerri.

Le prochain patron de l’institution qui gère les épargnes des Québécois et les fonds de nombreux régimes de retraite et d’assurances aura en effet de grands souliers à chausser afin de poursuivre sur la voie tracée par M. Sabia.

Récession mondiale

Non seulement cette personne devra-t-elle composer avec la pression de maintenir la solide performance enregistrée par le portefeuille de la Caisse depuis 10 ans — son rendement annuel composé a été de 9,9 % au cours du règne de M. Sabia —, mais elle devra conjuguer avec les intérêts parfois contradictoires de ses parties prenantes.

Politiciens et commentateurs des médias ont déjà présenté les nombreuses exigences auxquelles devra répondre le prochain numéro un de la Caisse : mettre en place un cadre éthique plus strict, éviter les placements controversés, « décarboniser » le portefeuille et, idéalement, être une femme.

Sans minimiser le travail exceptionnel accompli par M. Sabia depuis plus d’une décennie, il est crucial de garder en tête que son successeur aura sans doute à affronter des obstacles qui n’ont pas mis son leadership à rude épreuve.

Comme une récession mondiale.

Après avoir décortiqué les rapports annuels de la Caisse au fil des ans, suivi les discours de Michael Sabia et étudié les aptitudes des meilleurs dirigeants d’entreprises inscrites en Bourse, Medici a identifié trois grandes qualités que devra réunir le prochain dirigeant de l’institution.

Investir et raisonner en propriétaire d’entreprise

Celle ou celui qui prendra les rênes de la Caisse doit à tout prix présenter une excellente feuille de route en matière de gestion de placements. Cette personne doit démontrer qu’elle pense et agit en propriétaire d’entreprise, et non comme un négociateur à court terme désireux d’épater la galerie avec des rendements réalisés au détriment de la gestion des risques.

Le nouveau PDG devra ainsi assurer la continuité du travail accompli par M. Sabia, que l’on peut féliciter d’avoir transformé la culture de l’institution à ce chapitre. Certains pourraient prétendre que M. Sabia n’avait pas d’expérience prouvée en investissement, mais il a démontré au fil de ses écrits et de ses discours qu’il était un véritable passionné du placement et que son ambition première était de servir les intérêts économiques suprêmes du Québec.

L’élu devra faire abstraction des nombreuses pressions qu’il subira et prendre les décisions qui s’imposent dans une perspective à long terme.

Les meilleurs investisseurs suivent d’ailleurs la même recette pour réaliser des rendements durables : ils sont guidés par leur indépendance d’esprit et ils évitent les modes et la tentation de s’enrichir rapidement. Par-dessus tout, ils n’hésitent pas à aller à contre-courant lorsque la situation l’exige.

Message à ceux qui auront à se prononcer sur le choix du prochain PDG de l’institution : la Caisse doit être dirigée par un investisseur. Un vrai. Non par une personne qui réorientera la gestion de l’institution vers la conception de produits financiers, les grandes théories ou les modèles mathématiques.

Traiter les Québécois comme des partenaires

Gérer la Caisse est un grand privilège qui s’accompagne de devoirs fiduciaires sérieux. Notamment celui de rendre des comptes à tous les déposants, soit les régimes de retraite qui lui confient des avoirs et, en fin de compte, à l’ensemble des Québécois.

Le futur PDG devra non seulement donner l’heure juste quant aux résultats et aux décisions qu’il prend sur une base régulière, mais il devra aussi jouer un rôle d’éducation économique auprès de la population du Québec.

La personne choisie devrait s’inspirer du plus grand investisseur vivant, Warren Buffett, et rédiger une lettre annuelle dans laquelle elle présente le bilan de l’institution et aborde des notions économiques d’actualité d’une manière accessible aux communs des mortels. Cela implique de parler des bons coups comme des erreurs. En investissement, nul n’a une moyenne au bâton parfaite et le fait de reconnaître ses échecs permet de prévenir les catastrophes.

Les Québécois sont par ailleurs en droit d’exiger des comptes en ce qui concerne les projets d’envergure pilotés par la Caisse. Par exemple, la diffusion d’une mise à jour trimestrielle qui fait le point sur les coûts, l’avancement des travaux et le rendement attendu d’un projet tel celui du REM serait une bonne pratique de gouvernance à adopter.

Rester concentré sur ses compétences clés

Il peut être rassurant pour celui qui supervise des actifs de quelque 330 milliards de saupoudrer le capital dans une multitude de placements plus ou moins maîtrisés au nom de la sacro-sainte diversification. Or, la personne qui prendra le relais de M. Sabia devra éviter de tomber dans le piège de la surdiversification.

Une diversification extrême rendrait en effet l’institution vulnérable au risque d’ignorance. Rappelons-nous les torts considérables causés par les investissements de la Caisse dans le papier commercial (PCAA), une aventure qui a contribué à entraîner la pire perte annuelle de l’histoire de l’institution (-25 %) en 2008. Wall Street étant d’une créativité sans limites, il demeurera crucial pour le nouveau dirigeant de veiller à éviter les stratégies sophistiquées, mais dont les véritables risques sont impossibles à cerner.

Les meilleurs investisseurs ont la faculté d’investir avec conviction dans des placements rigoureusement analysés et d’éviter ceux qui se trouvent hors de leurs zones de compétences.

L’éventuel dirigeant fera preuve de prudence en misant sur des partenariats stratégiques pour assurer une diversification efficace et éviter les désastres potentiels.

Enfin, la motivation profonde du prochain dirigeant de la Caisse ne sera pas de soigner sa vanité ni son portefeuille. Sa réelle ambition ne sera pas de nature pécuniaire, mais plutôt de contribuer avec grande détermination à créer de la richesse à long terme pour l’ensemble des Québécois.