En réponse à l’éditorial de Paul Journet, « Le voile, version badass », publié le 13 novembre

Gabrielle Bouchard Gabrielle Bouchard
Présidente de la Fédération des femmes du Québec

Dans la foulée de notre relais de l’événement #MonVoileMonChoix, un éditorialiste de La Presse, Paul Journet, a affirmé que la Fédération des femmes du Québec (FFQ) avait « chang[é] sa position » sur le voile, dans un éditorial daté du 13 novembre.

Selon cet éditorialiste, la FFQ serait passée d’une position d’inclusion à une position d’appel au port du voile. Ni plus ni moins. Cette affirmation est complètement fausse, mensongère et porte atteinte à la réputation et au travail important de la Fédération des femmes du Québec.

C’est sur la base de sa libre interprétation d’un commentaire d’une dizaine de mots que Paul Journet a expédié son verdict. L’éditorial de La Presse ne se base sur aucun document interne, sur aucune des orientations votées par la FFQ avec ses membres, sur aucune résolution prise par le conseil d’administration de la FFQ. Et pourtant, sans même l’usage du conditionnel, il est écrit dans l’éditorial de La Presse que « la FFQ vient de changer sa position ». De plus, à aucun moment M. Journet n’a contacté la Fédération ou l’une de ses représentantes pour connaître notre position et éclairer son jugement.

Ce manque de rigueur n’est pas sans conséquence et participe de la désinformation. Soyons clairs : la FFQ n’appelle pas au « port du voile ».

La FFQ a relayé une invitation à participer à un événement ponctuel de solidarité avec les femmes musulmanes qui portent le voile, l’événement #MonVoileMonChoix, organisé le mardi 12 novembre. Cela était en complémentarité à l’appel à porter un coton ouaté ce jour-là, l’événement #MonCotonOuatéMonChoix.

Trois féministes de terrain ont lancé l’idée de joindre leur événement #MonVoileMonChoix à la mobilisation #MonCotonOuatéMonChoix du 12 novembre, en demandant aux femmes d’afficher sur leur coton ouaté un macaron contre la loi 21, ou un voile dans un contexte où nos luttes féministes doivent absolument ne pas mettre de côté les violences vécues par ces femmes.

C’est bien dans ce contexte-là que j’ai également relayé l’appel en tweetant : « Le coton ouatté c’est cute… mais le voile c’est vraiment badass [dur à cuire]. Mardi prochain, portez le voile. »

Être une dure à cuire

Et effectivement, aujourd’hui, au Québec en 2019, il faut être une « dure à cuire » pour porter le foulard quand une loi vient interdire à ces femmes d’enseigner et d’accéder à des postes d’autorité. Il faut aussi être une « dure à cuire » pour le porter quand les crimes haineux contre les femmes musulmanes ne cessent d’augmenter à la suite de débats publics récurrents sur le voile. C’est en ce sens et dans ce contexte très précis de relais de l’événement #MonVoileMonChoix que cet appel a été formulé. L’éditorialiste aurait pu, à défaut de nous contacter, s’appuyer sur l’indice temporel « mardi prochain » pour mieux orienter son interprétation.

Par ailleurs, M. Journet semble se prévaloir de raccourcis pour nourrir son affirmation. En effet, dès le chapeau de l’article, il indique que « [notre déclaration] pourrait étonner en Iran et dans d’autres pays où les femmes sont forcées de porter le voile ».

Rappelons alors qu’une des leaders du mouvement contre l’imposition du voile en Iran a aussi manifesté son soutien pour les femmes visées parce qu’elles portent le foulard en Occident.

C’est ainsi que Masih Alinejad a déclaré dans une entrevue avec TRT World : « Je suis pour la liberté de choix, et mon rêve est de pouvoir marcher avec ma mère qui porte le voile en France sans avoir de jugements ou quelconques attaques. »

Parce que ces femmes n’imposent par leur vision, elles luttent contre l’imposition.

C’est exactement ce que la Fédération des femmes du Québec mène comme combat, dans la lignée de l’héritage historique des mouvements féministes québécois « mon corps, mon choix ».