À la fin du mois d’octobre, lors du lancement de la campagne Noeudvembre, le maire de Québec Régis Labeaume a prié tous les hommes de « mettre de côté leur orgueil » et de se soumettre à un test de dépistage du cancer de la prostate.

Laurent Proulx Laurent Proulx
Président-directeur général de Procure

Cette « recommandation » du maire Labeaume représentait un avis bienveillant d’un homme récemment atteint du cancer de la prostate et qui désirait sensibiliser ses concitoyens masculins à prendre soin de leur santé avant tout.

Le 31 octobre dernier, l’article « Cancer de la prostate : le dépistage systématique n’est plus recommandé selon les médecins » a été publié dans le journal Le Soleil. Ce titre accrocheur, bien que l’article comporte des informations pertinentes, peut avoir des effets néfastes sur la prise en charge par les hommes de leur état de santé. Je m’explique.

Selon une étude faite en ligne auprès de plus de 1000 hommes par la Cleveland Clinic aux États-Unis, 72 % des hommes préféreraient faire des tâches ménagères, comme nettoyer de la salle de bains ou couper le gazon, plutôt que d’aller chez le médecin !

Même parmi les hommes qui prennent le temps d’aller chez le médecin, 37 % admettent qu’ils ne leur communiquent pas toute l’information à propos de leur état de santé parce qu’ils ne sont pas prêts à faire face au diagnostic.

Comment s’y retrouver ?

Comme Jean Pagé, ambassadeur émérite de PROCURE, à l’âge de 48 ans, j’étais un des 12 hommes par jour à recevoir un diagnostic de cancer de la prostate au Québec. Par chance, c’est grâce au test d’antigène prostatique spécifique (APS) recommandé par mon médecin, à la suite d’une discussion avec lui sur le sujet, que mon cancer agressif a été pris à temps et traité rapidement de façon efficace.

Sans vouloir faire d’un cas particulier une généralité, le cancer de la prostate se guérit plutôt bien, mais encore faut-il faire un dépistage afin de mettre toutes les chances de son côté.

Le test d’APS permet de détecter la maladie à un stade peu avancé, souvent en l’absence de symptômes.

Bien que ce test soit actuellement le meilleur pour dépister le cancer de la prostate, il n’est pas parfait. Il ne dit pas à lui seul s’il est nécessaire de traiter un patient ni de quelle façon le faire.

La controverse du dépistage systématique

Comme je vous le disais, le cancer de la prostate est très répandu, touchant 4600 Québécois chaque année, mais il ne nécessite pas toujours de traitement. Par exemple, dans les cas où le cancer est non agressif ou si le patient n’est pas dans une forme physique lui permettant de subir un traitement, l’urologue recommandera plutôt une surveillance active.

Alors, faisant suite à la « recommandation » bienveillante de Régis Labeaume, vaut-il mieux avoir des hommes qui se décident finalement à consulter leur médecin et qui demandent s’ils devraient faire un test d’APS, ou plutôt des hommes qui s’autodiagnostiquent à l’aide de Google et qui repoussent la visite chez le médecin ?

Il serait souhaitable et recommandé que les hommes aient la même rapidité de réaction vis-à-vis de leur santé que leur propension naturelle à se rendre au garage lorsqu’une lumière jaune apparaît sur le tableau de bord de leur automobile.

Le 19 novembre est la Journée internationale de l’homme, et au Québec, elle représente aussi la Journée québécoise de sensibilisation au cancer de la prostate. Cette journée permet de sensibiliser les hommes et leurs familles au cancer le plus répandu chez les hommes et, de façon plus générale, à sensibiliser les hommes à prendre soin de leur santé.

Comme le cancer de la prostate est surtout silencieux et insidieux, causant peu de symptômes chez les hommes atteints, la seule façon de le détecter à un stade guérissable est par le dépistage. Et cela n’est pas banal en soi. Il est important de mentionner qu’en 2019, plus de 880 hommes mourront des suites du cancer de la prostate.

Alors, le test d’APS ? Demandez conseil à votre médecin et discutez des avantages et des inconvénients de subir un dépistage.