C’est l’hiver en novembre ! Moi qui ai tellement hâte de faire du ski de fond, je ne m’en plaindrai certainement pas !

Marie-Renée Vial Marie-Renée Vial
Travailleuse culturelle, Montréal

Mon quotidien a un peu changé avec la belle neige qu’on a reçue. Pourquoi ?

Chaque matin, je dois laisser mon coco à la garderie. Depuis la bordée de neige, j’ai peur de faire du vélo avec lui, alors je cours 4 km pour le laisser là-bas, puis je rentre à la maison prendre mon vélo pour aller travailler : un parcours de 9-10 km. 

J’adore rouler à vélo l’hiver. Avec la neige, le son ambiant est amoindri, c’est feutré. Soyons sincère, c’est vraiment beau la neige, ça met de la lumière dans la grisaille automnale. 

Depuis près de 10 ans, je me déplace à vélo toute l’année. Cette année, c’est différent. Je suis maman.

Je n’avais pas refait de vélo hivernal depuis que je suis devenue mère. En fait, je ne savais pas si j’en ferais encore à longueur d’année, mais je me rends compte que le vélo me définit comme personne.

J’aime les journées où je passe du temps à l’extérieur, où mon corps est actif, où j’ai la chance de voir de belles choses autour de moi. La pratique du vélo permet tout cela. En plus, il y a le sentiment de faire un pas dans la bonne direction afin de participer le moins possible à l’émission de gaz à effet de serre. 

D’un autre côté, j’ai le pressentiment que je vais finir par me blesser, peut-être gravement. Ce sentiment n’a pas été un frein jusqu’ici, mais je crains que ça n’arrive cet hiver.

Non pas que la conduite hivernale à vélo soit dangereuse — elle ne l’est pas si on est bien équipé et que l’on roule selon ses limites personnelles —, mais parce que les automobilistes, plus intensément l’hiver, me frôlent, sont agressifs et ne regardent pas si d’autres usagers qu’eux partagent leurs routes. 

Je suis prudente et je me répète sans cesse les mantras de ma mère : « Tu es la seule à savoir conduire et mieux vaut être en retard qu’en corbillard. » Eh puis, il y a cette petite voix qui me dit de ne pas arrêter. Arrêter serait mettre un terme à ma toute petite contestation silencieuse… et ça donnerait raison aux automobilistes !

J’ai envie de leur crier : « M’entends-tu ? Non… Oui… Tu m’entends peut-être, mais tu ne m’écoutes pas et si jamais tu m’écoutes, tu ne comprends assurément pas de quoi il s’agit. Il s’agit de faire attention à plus vulnérable que soi. Il s’agit d’avoir une responsabilité sociale et de comprendre que la ville dans laquelle nous vivons, si on veut qu’elle soit belle et viable, il faut peut-être la considérer comme une grande communauté dans laquelle nous pouvons avoir un impact plutôt que comme une machine où l’on doit payer des taxes et où on n’est responsable de rien ! Bon. »

Je n’arrive pas à crier, parce que je pense qu’on n’arrive à rien en criant. Alors, je roule et j’essaie de continuer de sourire pour établir un semblant de complicité avec certains passants pour me sentir moins seule. Pour y arriver.