Depuis sa défaite aux élections d’octobre 2018, le Parti libéral du Québec est obsédé par le besoin de se rapprocher de la majorité francophone de la province.

André Pratte André Pratte
L’auteur a été journaliste pendant près de 40 ans, puis sénateur indépendant de 2016 à 2019

La défaite est en effet attribuée, par maints observateurs, au fait que le PLQ se serait éloigné des préoccupations des francophones, en particulier dans le délicat dossier de la laïcité de l’État. Selon un sondage Léger réalisé en mars dernier, à peine 10 % des francophones affirmaient qu’ils auraient voté libéral si des élections avaient lieu à ce moment-là, contre 52 % – cinq fois plus ! – qui auraient voté pour la Coalition avenir Québec du premier ministre François Legault.

Le succès impressionnant de M. Legault pourrait amener les libéraux à croire qu’il leur faut délaisser les valeurs fondamentales définissant la formation politique depuis plus d’un siècle et demi, et qu’il serait plus rentable de se coller à la recette résolument nationaliste de la CAQ. Ce serait à mon humble avis une grave erreur.

Les « valeurs libérales » ont été recensées par l’ancien chef du parti, Claude Ryan, dans une plaquette publiée en 2004, rééditée à deux reprises depuis, et qu’on trouve encore sur le site web du parti.

Parmi ces huit valeurs, trois sont particulièrement pertinentes aux fins de cette discussion-ci : les libertés individuelles, l’identification au Québec, et l’appartenance canadienne.

Le Parti libéral n’a pas à devenir soudainement nationaliste ; il l’a toujours été. Ses chefs, de Louis-Hyppolite La Fontaine à Philippe Couillard en passant par Jean Lesage et Robert Bourassa, ont toujours mis le Québec au premier plan de leurs préoccupations. La preuve en est que leur héritage a toujours fini par être récupéré par les indépendantistes. Ainsi, nombre de leaders et de chroniqueurs souverainistes jugent aujourd’hui que Robert Bourassa fut un grand nationaliste alors que leurs prédécesseurs dénonçaient sur tous les toits les politiques de M. Bourassa, qualifié à l’époque de « mou » et de « tricheur ».

Le nationalisme « rouge » se distingue du nationalisme « bleu » (Union nationale, Parti québécois, Coalition avenir Québec) par sa sensibilité profonde pour les libertés individuelles et par sa conviction que l’avenir du Québec sera mieux assuré au sein de la fédération canadienne que comme pays séparé. C’est cet alliage particulier, résistant au temps, qui a toujours été la marque de commerce du Parti libéral, une marque de commerce à laquelle les Québécois ont exprimé leur adhésion à de nombreuses reprises.

La défaite de 2018 a moins à voir avec telle ou telle politique des gouvernements Charest et Couillard qu’à un phénomène auquel ont succombé tous les partis politiques ayant longtemps exercé le pouvoir : l’usure.

Les Québécois n’ont pas rejeté le projet libéral ; ils ont rejeté un parti qui gouvernait la province depuis 15 ans avec tout ce que cela implique comme bourdes et décisions impopulaires.

Laïcité

Il est donc vrai qu’il est absolument essentiel pour le PLQ de se renouveler. Cependant, se renouveler ne signifie pas, ne doit pas signifier, rogner les valeurs libérales. Renouvellement de personnel, renouvellement des candidats, renouvellement du chef, renouvellement des politiques en matière de laïcité, d’environnement, d’éthique… tout cela est nécessaire, mais doit se faire dans le respect des principes rappelés par M. Ryan.

Cela est particulièrement important dans le dossier de la laïcité et des accommodements raisonnables. Certes, 73 % des Québécois francophones sont d’accord avec l’interdiction des signes religieux dans certains emplois de l’État (Léger, septembre 2019). Pour autant, le Parti libéral ne doit pas baisser les bras et accepter la loi sur la laïcité telle qu’elle est rédigée. D’écrire Claude Ryan : « Le premier souci d’un esprit libéral est de s’assurer que [les lois et les politiques gouvernementales] n’entraîneront pas de restriction injustifiée aux libertés individuelles. » Ce « premier souci » doit toujours demeurer.

Un libéral ne doit pas craindre d’offusquer la majorité lorsqu’il s’agit de défendre les droits des minorités. 

Les francophones du Québec ne reviendront pas au Parti libéral s’ils constatent que celui-ci renie ses principes. Ils voteront à nouveau pour le PLQ si celui-ci se montre digne de leur confiance. C’est-à-dire s’il en vient à proposer une solution de remplacement crédible au gouvernement actuel.

Or, la crédibilité d’une formation politique repose notamment sur son intégrité, sa rigueur, et son authenticité. N’est intègre et authentique que celui ou celle qui reste fidèle à ses valeurs profondes.