Cela fait deux élections fédérales que perdent les conservateurs. S’ils veulent regagner la confiance des Canadiens, ils doivent mener une réflexion sérieuse sur ce qui les définit comme parti politique et sur leur vision du Canada.

Antoine Dionne Charest Antoine Dionne Charest
Doctorant en philosophie à l’Université de Montréal

Cette réflexion doit commencer par les valeurs. Depuis 1867, les conservateurs ont toujours insisté sur deux valeurs : l’appartenance aux institutions et la création de richesses. C’est notamment grâce à des conservateurs comme Sir John A. Macdonald et George-Étienne Cartier que nous vivons dans un système fédéral, la démocratie parlementaire et un État de droit.

Pour les conservateurs, ces institutions ne sont pas une entrave à la liberté, mais une garantie de liberté. Ils constituent une part essentielle de l’identité canadienne. C’est ce que croyait John Diefenbaker lorsque fit adopter la Déclaration canadienne des droits.

Le Canada n’est pas, pour les conservateurs, un pays « postnational » mais un État-nation.

En plus d’être multiculturel et d’inclure les nations québécoise, autochtone et inuit, le Canada possède une culture commune fondée sur des institutions politiques, deux langues officielles et une histoire partagée.

Quant à la création de richesses, les conservateurs pensent qu’on ne peut redistribuer la richesse que si on l’a créée. Le gouvernement ne peut offrir des services publics de qualité sans avoir les moyens de les financer. C’est ce qu’avait à l’esprit Brian Mulroney lorsqu’il diminua la taille de l’État, réforma le système de taxation et conclut un accord de libre-échange avec les États-Unis et le Mexique.

Contrairement aux conservateurs américains, qui insistent surtout sur le laisser-faire économique et sur des taxes et des impôts toujours moins élevés, les conservateurs canadiens cherchent plutôt un équilibre entre l’économie de marché et la redistribution de la richesse, ce qui passe par un système de taxes et d’impôts juste et modéré.

Au-delà de la gestion des finances publiques

Avec ces valeurs à l’esprit, les conservateurs doivent formuler une vision qui dépasse la simple gestion des finances publiques, car cela est une exigence pour tout parti politique, les mesurettes économiques et sociales et des peines de prison plus sévères.

En s’inspirant de Brian Mulroney, ils devraient proposer d’accroître l’usage d’instruments de marché qui ont un impact positif sur l’environnement et sur l’économie, comme le Protocole de Montréal. Et pourquoi ne pas envisager la construction d’un système de train à haute vitesse qui relierait les Canadiens d’un océan à l’autre ?

Comme le propose l’ancien sénateur conservateur Hugh Segal, ils devraient envisager l’idée d’un revenu universel garanti.

Dans un contexte économique où les individus changent plus souvent d’emploi et où les conditions de travail sont de plus en plus précaires, un tel revenu pourrait renforcer l’égalité des chances.

L’économie et l’environnement doivent s’inscrire dans une vision du fédéralisme. Pour les conservateurs, le respect de l’autonomie des provinces n’implique pas l’indifférence envers celles-ci, mais la coopération. Pour renforcer cette coopération, ils pourraient proposer de transformer le Sénat en chambre des provinces où siégeraient des élus des Parlements provinciaux et des représentants des Premières Nations et des Inuits.

Les conservateurs doivent repenser le rôle du Canada dans le monde. Ils devraient s’engager à rédiger un livre blanc sur la politique étrangère et la défense. Suivant la vision nordique de John Diefenbaker, ce livre blanc devrait accorder une place importante au développement et à l’occupation du Nord canadien, ce qui, étant donné l’importance des changements climatiques, est nécessaire.

Une telle vision du pays devra non seulement permettre de remporter plusieurs élections fédérales, mais elle devra surtout remporter l’adhésion d’une majorité de Canadiens.

Pour cela, les conservateurs auront besoin d’un chef bilingue qui fera la promotion des institutions fédérales et de la création de richesses. En un mot, il leur faudra un chef qui porte des valeurs conservatrices et une vision cohérente pour l’avenir du pays.