La semaine dernière, des publications telles que le New York Times et le Guardian ont placé l'expression « OK boomer » et les tensions entre les baby-boomers et la génération Y qu'elle souligne sous le feu des projecteurs. 

Karl Moore Karl Moore
Professeur agrégé à la faculté de gestion Desautels de l’Université McGill

Je fais de la recherche sur les générations Y et Z depuis quelques années maintenant. J’ai remarqué une tendance chez nous, les baby-boomers et la génération X : nous aimons nous moquer de ce que les générations Y et Z veulent quand nous en entendons parler pour la première fois. Je pense aux horaires de travail flexibles, à la possibilité de travailler à partir d’un café ou d’un endroit autre que son bureau, de s’exprimer à propos de décisions importantes sans souci pour les règles de la hiérarchie, et plus encore.

Nos moqueries nous font bien rire autour d’un verre, mais il semble presque inévitable qu’un an plus tard, nous nous rendions compte que nous voulons les mêmes choses que nos jeunes homologues.

Je suis sûr que vous l’avez fait vous-même, c’est presque irrésistible. Et avec les gens de notre génération, il est facile de se moquer des « jeunes d’aujourd’hui » ! En tant que professeur à l'université, je passe beaucoup de temps avec les jeunes de 19, mais surtout de 20 et 21 ans. Non seulement je leur enseigne, mais j’ai actuellement neuf étudiants qui travaillent pour moi ou avec moi à temps partiel. J’ai une main-d’œuvre jeune, et pourtant, en tant que baby-boomer, je suis plus âgé que la moyenne des lecteurs.

J’ai eu une révélation récemment. Mes étudiants de premier cycle ont rédigé une dissertation sur la transformation de la mondialisation pour le cours de stratégie avancée que je donne conjointement avec un autre membre du corps enseignant. Les devoirs étaient bien écrits, mais cela ne m’a pas surpris. Le programme de premier cycle de l’école de gestion de McGill est le plus difficile d’accès au Canada et, par conséquent, nous voyons passer des étudiants de premier cycle très brillants, qui viennent non seulement du Canada mais du monde entier.

Sur la cinquantaine d’articles que j’ai lus, une poignée d’entre eux étaient particulièrement remarquables, et j’ai demandé par courriel aux étudiants concernés s’ils pouvaient présenter leurs analyses en classe trois jours plus tard. Je leur ai envoyé ce courriel un samedi pour leur demander une présentation le mardi prochain. Pour moi, la demande faisait honneur à la qualité et à l’originalité de leur dissertation, et quand j’ai commencé à enseigner à Oxford il y a 25 ans, ou même à McGill il y a 10 ans, leur réponse aurait été un « oui » sans équivoque.

Mais clairement, cette idée n’est plus d’actualité ! À ma grande surprise, plusieurs de mes étudiants m’ont répondu qu’ils ne pouvaient pas préparer une présentation en si peu de temps parce qu’ils étaient débordés avec d’autres tâches, et un plus petit nombre d’entre eux m’ont dit qu’ils devaient prioriser des soucis de santé mentale. Cela m’a surpris. J’ai assisté à des séances d’experts sur la façon dont les étudiants de McGill et d’autres écoles d’élite aux États-Unis, au Canada et ailleurs dans le monde ressentent plus de pression pour obtenir de bons résultats que lorsque j’étais à l’école.

À l’époque, ceux qui aspiraient à rejoindre les grands cabinets de consultants ou à devenir des banquiers d'investissement absorbaient les demandes de leurs professeurs ou d’autres supérieurs comme ils le pouvaient, tout comme ils le faisaient dans leur emploi d’été et comme ils continueraient à accomplir les tâches requises lorsqu’ils travailleraient à plein temps après l’obtention de leur diplôme. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Les raisons d'un refus

L’un de nos élèves, Lisandro Quintero Monsalve, m’a suggéré quelques raisons pour lesquelles les élèves sont si stressés aujourd’hui. Tout d’abord, aujourd’hui, « la maîtrise est le nouveau baccalauréat ». Cette inflation des diplômes fait que les étudiants se concentrent plus sur leurs notes, parce que c'est souvent un élément clé pour pouvoir rentrer dans le « bon » programme d’études postsecondaires.

Deuxièmement, la mondialisation évolue dans de nouvelles directions, et indépendamment de la tendance isolationniste que manifestent le Brexit, le président Trump et la Chine, l’un des principaux impacts sur les étudiants est qu’ils ne sont plus seulement en compétition avec des étudiants de leur propre pays, mais avec ceux du monde entier, ce qui augmente la concurrence à laquelle ils font face pour leur choix d'études postsecondaires et pour le succès de leur carrière.

Plutôt que de me moquer de l’honnêteté de mes élèves, j’ai décidé de faire l’impasse sur cette réaction et de reconnaître qu’ils ont raison. Comme eux, je devrais être moins disposé à me lancer dans un travail sans fin juste pour satisfaire une figure d’autorité comme je l’ai fait si souvent dans ma carrière.

L’équilibre entre le travail et la vie personnelle est important et un critère à considérer lorsque nous pensons à des demandes professionnelles comme celle que j’ai faite à mes élèves.

Bien qu’ils soient jeunes et qu’ils aient encore beaucoup à apprendre sur le monde du travail, ils ont prouvé qu’ils sont plus sages que moi : il y a peu de gloire dans le sacrifice de ses besoins personnels pour remplir certaines exigences scolaires ou professionnelles. 

En tant que membres de la génération des baby-boomers ou de générations plus âgées que mes élèves, nous pourrions tous dépasser notre tendance à la moquerie et reconnaître la valeur du mentorat inversé.