Le gouvernement Legault crée une iniquité majeure pour les familles qui ont choisi une garderie non subventionnée

Suzanne Gagnon et David Haddaoui
Respectivement directrice générale et président de l’Association des garderies non subventionnées en installation du Québec (AGNSI)

À l’échelle du Québec, plus de 65 000 enfants de 0-5 ans fréquentent l’une des 1300 garderies non subventionnées du Québec. Jeudi dernier, lors du dépôt de la mise à jour économique du ministre Eric Girard, ce sont autant de familles et de propriétaires qui ont été oubliés.

En effet, le financement additionnel annoncé ne vise que les parents d’enfants inscrits en CPE ou en garderies subventionnées – rien pour les parents qui ont choisi une garderie non subventionnée, creusant une iniquité déjà établie à quelques milliers de dollars par année, devenant désormais une injustice importante pouvant atteindre plusieurs milliers de dollars d’écart par enfant.

Notre modèle existe parce que les gouvernements l’ont souhaité

Un bref rappel historique sur l’existence du modèle de garderies non subventionnées s’impose ici. Avant d’avoir aujourd’hui accès à des surplus leur permettant de réinvestir dans les services à la petite enfance, ce dont on doit se réjouir, les gouvernements qui se sont succédé ont eux-mêmes souhaité le développement d’un réseau de garderies non subventionnées financé par les parents.

À preuve, au cours des 10 dernières années, 70 % des dizaines de milliers de nouvelles places créées en garderie au Québec l’ont été au sein des garderies non subventionnées, générant ainsi pour le gouvernement du Québec plus de 1 milliard de dollars d’économies annuellement.

Aujourd’hui, 23 % des places en garderie offertes au Québec sont non subventionnées, comparativement à 3 % il y a à peine 10 ans.

D’ailleurs, au cours des trois dernières années seulement, le gouvernement a souhaité et accepté la création de plus de 300 nouvelles garderies non subventionnées pour réduire les listes d’attente et permettre à un maximum de parents d’envoyer leurs jeunes enfants en garderie. Les nouveaux propriétaires y ont investi des sommes colossales, sachant qu’ouvrir une garderie au Québec coûte en moyenne 650 000 $. Est-ce normal de leur annoncer aujourd’hui qu’on ne soutient désormais plus ce modèle ? Un homme d’affaires comme François Legault devrait en savoir quelque chose.

Des entreprises pas comme les autres

Contrairement à plusieurs autres secteurs d’activité, l’exploitation d’une garderie est rarement une activité économique lucrative. D’ailleurs, la majorité des institutions financières refusent de financer de tels projets puisque le plan d’affaires des propriétaires relève davantage de la mission sociale et de l’amour de nos tout-petits que de la rentabilité et de la création de richesse.

Bien au-delà des revendications financières, les propriétaires de garderies privées sont d’abord préoccupés par le bien-être des enfants et par le libre choix des parents, qui ont préféré le cadre de la garderie pour leurs bambins.

Maternelle 4 ans et tarif unique de 8,25 $ par jour dans les CPE

Le Québec a fait le choix historique de confier principalement au secteur privé la responsabilité de répondre aux nouveaux besoins de ses tout-petits. S’il choisit aujourd’hui de changer ses orientations, en créant la maternelle 4 ans – dont les enfants représentent environ 25 % de la clientèle des garderies – de même qu’en réinstaurant le tarif unique dans les CPE et les garderies subventionnées, il a au minimum la responsabilité de mettre sur pied des mesures transitoires et de soutenir les parents qui ont fait le choix de ce modèle.

Il doit aussi appuyer les propriétaires de garderies qui demandent une conversion de leur établissement vers un modèle subventionné selon certains critères et paramètres qu’a la responsabilité de dicter le ministre de la Famille.

Des solutions existent 

Il y a plusieurs mois, des pistes de solution concrètes et raisonnables ont été présentées au gouvernement qui tarde à donner suite à des propositions pourtant raisonnables et réfléchies.

En plus de demander la conversion de leur modèle vers celui des garderies subventionnées, les propriétaires de garderies non subventionnées ont sollicité des mesures financières transitoires pour les parents par un rehaussement de 9600 $ à 15 000 $ du remboursement anticipé maximum.

Le gouvernement a énoncé dans sa politique familiale que chaque enfant était au cœur de ses priorités et le premier ministre Legault a déclaré en ouverture de session parlementaire que son gouvernement « allait travailler pour tous les Québécois et en particulier les familles, de même que protéger l’avenir de nos enfants ». Le temps est maintenant venu de passer de la parole aux actes.