Au cours des dernières décennies, nous avons fait des progrès remarquables dans la lutte contre le tabagisme grâce à une sensibilisation accrue du public et à des politiques et des programmes favorables. Dans les années 50, environ la moitié des adultes fumaient. Cette proportion a grandement chuté, se rapprochant aujourd’hui de 15 %.

Andrew Pipe et David Jones
Respectivement professeur à la faculté de médecine de l’Université d’Ottawa, et premier administrateur en chef de la santé publique du Canada

Selon les professionnels de la santé et les chercheurs, cette diminution impressionnante du tabagisme est le changement le plus positif des 60 dernières années pour la santé des citoyens.

Le tabagisme demeure cependant la principale cause de morts évitables au pays, fauchant près de 45 000 vies chaque année. Malheureusement, on compte 5 millions de fumeurs au Canada.

Mais ce n’est pas tout. Une étude canadienne a révélé qu’en un an, les taux de vapotage et de tabagisme chez les jeunes ont grimpé respectivement de 74 % et de 45 %. Ces chiffres démontrent entre autres que le vapotage chez les jeunes est devenu une épidémie, rendant une nouvelle génération dépendante à la nicotine.

C’est la première fois depuis des décennies que les taux de tabagisme chez les jeunes augmentent de manière fulgurante. Il est temps que nos politiques en tiennent compte.

Un élève sur cinq au secondaire consomme des produits de vapotage. De nouvelles études suggèrent que les jeunes qui vapotent sont plus susceptibles d’essayer la cigarette et le cannabis. En tant que médecins, nous sommes inquiets.

Bien que la cigarette électronique puisse aider certaines personnes à cesser de fumer, les données sur son efficacité évoluent. La recherche démontre que la plupart des gens qui vapotent fument aussi – leur dépendance à la nicotine est donc entretenue de deux façons. L’étude la plus rigoureuse examinant la cigarette électronique comme un outil de cessation a révélé que 80 % des personnes qui ont complètement arrêté de fumer continuent à vapoter.

Bien que les produits de vapotage soient considérés comme moins nocifs dans la communauté médicale, ils ne sont pas sans danger. Et ce danger devient de plus en plus évident chaque jour.

La consommation à long terme de produits de vapotage est liée aux maladies respiratoires et cardiovasculaires. Les personnes qui fument et vapotent sont les plus à risque. Presque tous les jours, des reportages aux États-Unis portent sur les maladies pulmonaires, sur les hospitalisations et même sur les décès liés au vapotage. Des cas probables et confirmés de maladies liées au vapotage sont maintenant signalés au Canada.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment cette solution prometteuse a-t-elle mené à la dépendance et à la maladie ?

En raison d’un marketing persuasif ; d’un ciblage délibéré des jeunes par des arômes et une conception attrayantes ; d’une forte teneur en nicotine ; et d’un manque de surveillance et de réglementation. Les décideurs ont mal géré la situation.

Alors, comment protéger les jeunes et les non-fumeurs tout en permettant aux fumeurs d’avoir accès à la cigarette électronique pour potentiellement cesser de fumer ?

Tout d’abord, ne laissons pas l’industrie continuer à réaliser des profits au détriment de la santé de nos enfants. Pour aider les fumeurs qui envisagent le vapotage, nous devrions réglementer ces produits comme pour ceux du tabac.

Au lieu de publicités tape-à-l’œil, limitons la promotion aux messages approuvés par le gouvernement à l’intérieur même des paquets de cigarettes.

De toute évidence, d’autres mesures sont nécessaires pour faire face à la hausse du vapotage chez les jeunes, comme des restrictions sévères sur le marketing et la vente de produits de vapotage, et non une simple interdiction dans les dépanneurs.

Les jeunes sont attirés par les arômes, puis deviennent rapidement dépendants au taux de nicotine très élevé. Nous avons besoin d’une interdiction complète des arômes, d’une limitation de la teneur en nicotine et d’étiquettes claires, ainsi que d’avertissements concernant les risques pour la santé et la nature addictive de la nicotine.

Cœur + AVC ainsi que sept autres organismes de premier plan en santé ont demandé au gouvernement fédéral de mettre en place ces restrictions par l’entremise d’une ordonnance provisoire en vertu de la Loi sur le ministère de la Santé.

D’autres approches sont nécessaires pour aider les millions de fumeurs actuels à arrêter. Mais l’accès fortement encouragé à de nouveaux systèmes d’administration de nicotine n’est pas la solution.

* Andrew Pipe est président du conseil d’administration de Cœur + AVC et David Jones est membre du conseil d’administration de Cœur + AVC.