En tant que directeur général de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), il est de mon devoir de manifester ma vive inquiétude au sujet des modifications importantes apportées par le gouvernement du Québec au Programme de l’expérience québécoise (PEQ) – volet diplômés.

Luc-Alain Giraldeau
Directeur général de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS)

Créé il y a 50 ans, l’INRS est le seul établissement au Québec consacré exclusivement à la recherche universitaire et à la formation aux cycles supérieurs (maîtrise et doctorat). Notre mission est de former la relève québécoise en recherche dans les quatre grands secteurs stratégiques pour notre développement économique, social et culturel. Notre institution, comme toutes les universités au Québec, forme des citoyens et des citoyennes instruits, dotés d’un esprit critique qui occuperont des emplois générateurs de richesse économique et culturelle pour la société québécoise.

Nous saluons l’ouverture du gouvernement à inclure une clause de droits acquis pour tous les étudiantes et étudiants qui sont déjà installés au Québec. Cependant, nous demeurons très préoccupés quant aux conséquences importantes liées aux changements apportés au PEQ. En effet, selon la liste des 218 domaines de formation admissibles publiée récemment par le Ministère, moins de 15 % concernent la maîtrise et le doctorat. Seulement deux programmes à la maîtrise à l’INRS seraient admissibles.

À court terme, les changements ministériels annoncés risquent de miner la capacité d’attraction et la compétitivité des universités québécoises par rapport à celles des autres provinces canadiennes.

En excluant presque complètement les sciences humaines et en éliminant une grande partie des domaines d’études aux cycles supérieurs du programme, nous hypothéquons l’avenir de notre société, sa capacité d’innover et son entrepreneuriat économique et culturel.

En se fondant uniquement sur les besoins de l’emploi, nous oublions que nos étudiantes et étudiants les plus brillants, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs, sont souvent à l’origine des plus grandes innovations sociales, technologiques et culturelles. Une nation forte doit avoir la capacité d’attirer les meilleurs cerveaux, toutes disciplines confondues ; c’est le fondement même de la richesse d’une société.

Il est donc primordial de poursuivre nos démarches, en concertation avec toutes les autres universités québécoises ainsi qu’avec le Bureau de coopération interuniversitaire (BCI), afin d’amener le Ministère à reconsidérer les programmes et les professions qui seraient admissibles pour accéder au PEQ.

Je demande donc au gouvernement du Québec de travailler de concert avec les établissements universitaires pour l’élaboration d’un plan commun, au bénéfice de l’ensemble de la société.