Monsieur Legault, dans les facultés et les écoles que nous dirigeons à l’Université de Montréal, nous formons notamment des médecins vétérinaires, des architectes, des professionnels de la santé, des spécialistes en communication, des éducatrices, des artistes, des chimistes, des journalistes, des intervenants sociaux et, aussi, des spécialistes de l’intelligence artificielle.

Christian Blanchette
Doyen de la faculté de l’éducation permanente de l’Université de Montréal, et 12 autres signataires*

Armés de leurs certificats, baccalauréats, maîtrises ou doctorats, nos diplômés trouvent généralement leur place dans l’économie ou la construisent. Nous les encourageons à être ambitieux, critiques et créatifs. Qu’ils aient été des étudiants internationaux souhaitant s’intégrer à la société québécoise ou qu’ils soient nés ici, ils contribuent à construire le Québec d’aujourd’hui et de demain. 

Ceux qui se prévalent du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) contribuent à remplir des besoins dans l’économie québécoise. Cette simple constatation nous rend perplexes face à la réforme du PEQ que vous proposez.

Nous sommes conscients des défis que posent la francisation et l’insertion sociale et professionnelle des immigrants. Mais après avoir passé plusieurs années au Québec, les étudiants internationaux ont fait ce qu’il faut pour réussir leur intégration. Au quotidien, celles et ceux qui ont bénéficié du PEQ montrent que, comme vous le dites, la maîtrise du français, la connaissance de la société québécoise et une formation solide sont les clés d’une intégration réussie. Ils contribuent ainsi à l’atteinte de vos propres objectifs.

Votre ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale montre que le taux de chômage des personnes immigrantes est en chute libre. En deux ans, il est passé de 14 % à moins de 7 % et se rapproche donc du taux de chômage de la population en général. En plus, les diplômés universitaires, anciens étudiants internationaux ou natifs d’ici forment la catégorie qui a le taux de chômage le plus faible. Bref, les diplômés qui se prévalent du PEQ contribuent à l’essor de l’économie québécoise et au renforcement du fait français au Québec.

Le choix des domaines cibles proposés dans la réforme du PEQ nous rend également perplexes. On semble croire que seules quelques disciplines et programmes mènent à une intégration réussie au marché du travail québécois.

Ceci implique que les études dans la majeure partie de nos domaines d’enseignement ne permettent pas d’intégrer le marché du travail adéquatement, que seuls certains domaines sont à privilégier pour pallier des manques de main-d’œuvre et qu’il est possible d’identifier ces domaines. Nous ne croyons pas que cela reflète adéquatement l’apport de nos étudiants à l’économie et à la société québécoise.

La proposition de votre gouvernement suggère que les parcours de carrière des diplômés sont linéaires et qu’une planification centrale peut les structurer. Or, les experts parmi nous jugent que cette approche ne correspond plus aux besoins de notre société.

Dans un monde du travail transformé, nos diplômés ne quittent pas l’université sur une ligne toute tracée ; ils continuent de développer leurs compétences, changent d’emploi, saisissent de nouvelles occasions, répondent à de nouveaux besoins ou en créent, inventent de nouvelles pratiques et contribuent à l’émergence de nouveaux métiers et de nouveaux domaines d’activité.

Certains diplômés auront des carrières relativement prévisibles, mais nombreux sont ceux qui mettront leurs habiletés en valeur dans de nouveaux champs d’action ou qui se réinventeront. De plus en plus souvent, un diplôme est un tremplin vers une vie professionnelle riche et variée.

Même le domaine du numérique souvent cité en exemple ne requiert pas que des informaticiens ou des ingénieurs. Les diplômés des sciences humaines et sociales, des arts et des communications y sont des acteurs importants. Les créateurs de jeux vidéo ont fait des études non seulement en informatique, mais aussi en design, en sociologie, en histoire, en musique.

Nous sommes préoccupés que la liste des domaines donnant accès au PEQ ne corresponde pas aux réalités contemporaines.

Cette liste comporte des incongruités (par exemple, il n’y a pas de domaine de formation qui s’appelle « architecture urbaine ») ; dans une économie complexe et en mouvement comme celle du Québec, une telle liste risque de désavantager la province comparativement à d’autres économies.

Au lieu d’améliorer le marché de l’emploi, le projet de modification du PEQ induira une aggravation de la situation en réduisant le nombre d’immigrants francisés bien formés et bien intégrés issus de nos facultés et en rendant la sélection, la francisation et l’intégration des immigrants plus difficiles. Au lieu de restreindre le PEQ, il y aurait lieu d’en augmenter la portée en ce qui a trait aux types de programmes couverts, au nombre de diplômés admis et aux efforts de recrutement international.

Il est logique que le programme régulier d’immigration des travailleurs qualifiés vise à mieux « arrimer » les qualifications de nouveaux immigrants aux besoins du marché du travail, car leur intégration par l’emploi est critique à leur intégration en général. Le PEQ simplifie le processus administratif pour des étudiants déjà francisés, déjà intégrés et les aide à rapidement se joindre au marché du travail ou à démarrer leur propre entreprise. 

Ce programme est un plus pour le Québec.

* Autres signataires de l’Université de Montréal : Hélène Boisjoly, doyenne de la faculté de médecine ; Frédéric Bouchard, doyen de la faculté des arts et des sciences ; Christian Casanova, directeur de l’école d’optométrie ; Francine Ducharme, doyenne de la faculté des sciences infirmières ; Shahrokh Esfandiari, doyen de la faculté de médecine dentaire ; Nathalie Fernando, doyenne de la faculté de musique ; Raphaël Fischler, doyen de la faculté de l’aménagement ; Pierre Fournier, doyen de l’école de santé publique ; Lyne Lalonde, doyenne de la faculté de pharmacie ; France Houle, doyenne de la faculté de droit ; Pascale Lefrançois, doyenne de la faculté des sciences de l’éducation ; et Christine Theoret, doyenne de la faculté de médecine vétérinaire