Une commission se penche en ce moment sur la question du recyclage au Québec.

Alexandre Taillefer Alexandre Taillefer
Collaboration spéciale

Les avis sont partagés, les solutions multiples et le niveau d’implication requis pour chacune des solutions proposées sera de nulle à importante pour les parties impliquées, dont le citoyen.

La situation du recyclage au Québec n’est pas désastreuse, mais elle doit être améliorée.

Nous pouvons nous positionner en peloton de tête des économies vertes, celles qui seront les plus performantes.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

« Le principal constat est le suivant : 32 % des matières recyclables ne se retrouvent pas dans les usines de tri et 12 % des matières envoyées aux centres de tri sont enfouies », rappelle Alexandre Taillefer.

Parce qu’écologie rime enfin avec économie, ce n’est plus adhérer à un dogme écologique que de gérer son recyclage intelligemment. Il s’agit en fait de vouloir le mieux financièrement pour notre collectivité.

Le principal constat est le suivant : 32 % des matières recyclables ne se retrouvent pas dans les usines de tri, 12 % des matières envoyées aux centres de tri sont enfouies et le marché pour la matière recueillie fluctue énormément.

Le verre, initiateur de la réflexion en cours

Les bouteilles vendues par la Société des alcools du Québec représentent environ 50 % des contenants de verre consommés chaque année. On pourrait croire que l’introduction d’une consigne permettra une réutilisation de la bouteille, le type de recyclage le plus vertueux.

Eh bien non, il n’y a aucun marché pour une bouteille de vin usagée. On veut implanter une consigne pour augmenter le taux de récupération, mais la bouteille d’alcool non consignée est le type de contenant que l’on retourne déjà le plus, à plus de 85 % ! Quel est donc l’objectif de la consigne ?

Encourager la réutilisation

La matière qui vaut le plus cher est un produit fini que l’on peut réutiliser. Les brasseurs l’ont bien compris et ont misé sur la consigne privée il y a 40 ans afin de diminuer leurs coûts de production. Leurs bouteilles peuvent être réutilisées une vingtaine de fois.

Des centres de tri sophistiqués pourraient isoler les contenants demeurés intacts, les nettoyer, les stériliser et les revendre aux embouteilleurs. Si le prix payé pour des contenants réutilisables est plus cher que le verre cassé, même trié, la réponse sera évidente.

Une réglementation qui devrait viser à éliminer les aberrations

Dans la chaîne du recyclage, la valeur de la matière première récoltée dans les centres de tri est très importante. L’effondrement récent du prix de la fibre de papier a influencé sérieusement leur rentabilité. La tonne de papier mixte est passée de 100 $ à autour de 20 $ en ce moment. Quand on sait que ça représente environ 40 % des matières récoltées, on comprend l’ampleur de l’impact que ça a eu. Pourquoi ? Parce que la matière première n’est pas suffisamment prisée.

Si la matière n’a pas de débouché, c’est parce que la demande n’est pas présente.

S’il n’y a pas de demande, il faut soit la créer, soit réglementer l’utilisation des produits qui n’offrent pas de débouchés et inviter le consommateur à faire le bon choix de produits en fonction de leur emballage.

Pour s’attaquer au problème du papier, réfléchissons à obliger un minimum de contenu recyclé dans les papiers d’usage courant vendus ici (papier de toilette, essuie-tout, papier de bureau).

Un autre règlement devrait obliger à ce que les bouchons soient fabriqués dans la même matière que le contenant afin d’éviter la contamination du plastique.

Une liste de la réglementation à mettre en place pourrait rapidement être élaborée par les différents intervenants de l’industrie.

Le développement d’une grappe complète autour du recyclage de demain

Le casse-tête que représente le recyclage est en fait une formidable occasion.

La matière qui vaut le plus d’argent dans nos bacs est l’aluminium. Mais l’aluminium n’est pas né égal. Le nôtre est le plus propre au monde. Il génère environ huit fois moins de GES que celui produit à partir d’électricité provenant de centrales thermiques à énergie fossile. Mais saviez-vous que nous ne fabriquons aucune cannette d’aluminium ici ?

L’enjeu est différent pour les plastiques de 3 à 7, dont le polystyrène. Leurs débouchés se font rares. Pourtant, des solutions existent pour les transformer en matière première réutilisable pour de nouveaux emballages. Polystyvert, Pyrowave et Loop Industries, pour ne nommer qu’elles, permettent de retourner le polystyrène ou le plastique à leur forme initiale. Ce sont toutes trois des entreprises d’ici !

L’innovation permet de valoriser nos déchets, et c’est cette direction qu’il faut privilégier.

En soutenant le développement de Verrox, une entreprise qui transforme le verre en une nanoparticule qu’on ajoute au béton et qui augmente ses qualités, de Machinex, qui crée les robots de tris parmi les plus sophistiqués du monde, et d’Énerkem, superstar québécoise qui utilise les déchets de nos déchets pour créer de l’éthanol, nos poubelles deviendront si valorisées qu’il faudra mettre un cadenas dessus.

Miser sur les centres de tri, sur une matière première de qualité et sur sa valorisation

Nous devrions considérer rationaliser le nombre de centres de tri afin de permettre un investissement plus important dans la qualité et la productivité du triage de chacun d’eux en y intégrant plus de robotisation et plus d’intelligence artificielle.

Ces centres de tri nous permettraient d’éliminer la poubelle et n’avoir qu’un bac de recyclage d’un côté et les déchets organiques de l’autre. Les pneus, les fils électriques, les matières électroniques ? Nos centres de tri devraient pouvoir les trier et les valoriser.

Il faut mettre nos efforts dans la simplification de la cueillette, pas dans sa complexification, dans le développement de centres de tri encore plus efficaces et dans le soutien d’entreprises capables de valoriser au mieux la matière recyclée. Soyons des pionniers, pas des suiveux.