En réponse au texte « Génération en détresse » traitant de la requête formulée par l’Association des médecins psychiatres du Québec publié vendredi dernier.

Claire Beaumont Claire Beaumont
Professeure, titulaire de la chaire de recherche Bienêtre à l’école et prévention de la violence, faculté des sciences de l’éducation, Université Laval

Dernièrement, l’Association des médecins psychiatres du Québec s’est inquiétée de l’état de santé mentale des jeunes d’aujourd’hui, rapportant que la moitié de ceux qu’ils rencontrent aux urgences éprouvent de la difficulté à gérer leurs émotions et se laissent envahir par diverses situations stressantes. Face à ce constat, l’Association propose d’implanter des cours d’éducation à la santé mentale dans les écoles, du préscolaire à la fin du secondaire.

Des décennies de recherche dans les domaines de l’apprentissage, de la psychologie et des neurosciences ont révélé l’importante place qu’occupent nos émotions dans notre manière de réfléchir, d’apprendre, de gérer nos relations interpersonnelles et de prendre des décisions éclairées.

Ces dernières années, les phénomènes de la violence et de l’intimidation à l’école, de même que celui du décrochage ont grandement mobilisé la société. C’est ainsi que les interventions centrées sur l’apprentissage socioémotionnel (gestion des émotions, du stress, relations interpersonnelles et résolution de conflit) ont pu faire diminuer la violence à l’école, améliorer le climat scolaire, la compétence sociale, le rendement scolaire, la diplomation, de même que réduire la détresse psychologique et les problèmes comportementaux chez les élèves.

Ces interventions doivent être offertes à tous les élèves, puisque chaque jeune est susceptible de vivre du stress ou de subir certains traumatismes au cours de sa vie.

Reconnaissant que les aspects du développement social, émotionnel et cognitif sont entrelacés, il semble donc devenu difficile aujourd’hui d’envisager l’éducation sans inclure l’enseignement de ces compétences dans le cursus scolaire.

Former les enseignants

Mais pour pouvoir les enseigner et en faire la promotion, les enseignants doivent les avoir développées pour eux-mêmes et avoir été bien préparés à les enseigner.

À ce jour, plusieurs enseignants déplorent le fait de ne pas être formés adéquatement pour répondre aux besoins émotionnels et comportementaux de leurs élèves. Par ailleurs, si le Programme de l’école québécoise (2006) reconnaît les compétences sociales et émotionnelles comme étant transversales et intrinsèquement liées aux apprentissages scolaires, force est de constater qu’elles font peu l’objet d’un enseignement explicite à l’école.

En bref, l’apprentissage socioémotionnel peut être une réponse à une gamme de problèmes relevés chez les jeunes.

Considérant les inquiétudes formulées par l’Association des médecins psychiatres du Québec concernant la santé mentale des jeunes et les effets positifs de l’apprentissage socioémotionnel sur le bien-être général de ces derniers, sur leur rendement scolaire, sur la réduction de la violence et de l’intimidation, de même que sur l’obtention d’un diplôme, pourquoi ne pas inclure prochainement dans le cursus scolaire l’enseignement de ces compétences particulières pour tous les élèves ? En plus de s’insérer parfaitement dans la seconde mission de l’école qui est de socialiser, ne serait-ce pas un type d’éducation qui leur serait utile pour la vie ?

Le prochain programme de formation de l’école québécoise aurait avantage à reconnaître la place importante des émotions dans les apprentissages des jeunes en formulant des objectifs explicites de formation à cet égard. Si l’enseignement de ces compétence de vie s’effectue à l’école, il restera aux adultes (parents, tuteurs, personnel scolaire, entraîneurs, etc.) à se questionner sur leurs propres comportements afin de déterminer si le modèle qu’ils offrent aux jeunes est compatible avec les comportements sociaux qu’on veut les voir adopter dans la vie réelle comme sur le web ! Veiller au développement social et affectif des jeunes ne doit pas être seulement la tâche de l’école ou des parents. Il s’agit d’une responsabilité partagée qui rejaillira sur le bien-être de nos jeunes.