Le Canada s’éloigne de la cible de 3 % du PIB fixée par la Banque mondiale

Mathieu-Robert Sauvé Mathieu-Robert Sauvé
Journaliste et auteur

« La recherche scientifique – fondamentale et appliquée – mérite un plus grand soutien de la part de toutes les nations », dit un rapport de l’UNESCO signé par une équipe scientifique en 2016, qui précise que les nations industrialisées devraient investir au moins 3 % de leur produit intérieur brut (PIB) dans la recherche.

Alors que des nations comme Israël (4,25 %), la Corée (4,23 %), la Suisse (3,37 %), la Suède (3,25 %), le Japon (3,14 %) et l’Autriche (3,09 %) sont nettement au-dessus de la barre des 3 %, le Canada expose un gênant 1,53 % de son PIB consacré à la science dans le répertoire international tenu à jour par la Banque mondiale. Après avoir atteint un « sommet » à 2,28 % en 2001, le Canada est en chute libre depuis.

En comparaison, les États-Unis investissent 2,8 % de leur PIB dans la science.

Oui, l’Amérique de Donald Trump met presque deux fois plus d’argent par habitant dans la recherche et l’innovation que le Canada de Justin Trudeau. Pas étonnant que ces thèmes soient absents de l’actuelle campagne électorale.

Et pourquoi les partis de l’opposition qui aspirent au pouvoir ne harcèlent-ils pas le gouvernement actuel sur ces questions ? Par manque de culture scientifique, sans doute. Et où sont l’ACFAS, les recteurs universitaires, les intellectuels des grands centres de recherche d’un océan à l’autre ?

Ce ne sont pas les défis qui manquent. Biotechnologie, intelligence artificielle et lutte contre les infections ne continueront de progresser que si on y met la matière grise et… l’argent. Sans parler des problèmes immédiats qui méritent l’attention de nos meilleurs cerveaux : lutte contre les changements climatiques, allocation des ressources en santé, prévention des épidémies, etc.

« Les dépenses en recherche et développement sont des dépenses courantes en capital (privées et publiques) pour financer des travaux créatifs entrepris systématiquement pour accroître les connaissances, notamment les connaissances relatives à la race humaine, à la culture et à la société ainsi que pour utiliser ces connaissances dans de nouvelles applications », dit la prose presque lyrique de la Banque mondiale.

Débat en Europe, silence au Canada

En Europe, la question du 3 % occupe les débats politiques depuis une quinzaine d’années. En Belgique, on vise les 3 % du PIB pour 2020 (on est actuellement à 2,61 %). En France, dit un document du gouvernement, « l’effort de recherche s’élève à 2,23 % en 2012, ce qui la situe au 8e rang européen ». Lorsqu’il était candidat à l’élection présidentielle, Emmanuel Macron avait dit qu’il entendait « consacrer 3 % du PIB à la recherche et au développement dans le cadre d’une stratégie quinquennale ».

Un an après son accession au pouvoir, sa ministre de l’Enseignement supérieur et de la Science, Frédérique Vidal, a fait le point avec des journalistes de Science et avenir et La recherche. À 2,5 % du PIB, a-t-elle concédé, on était encore loin du compte, mais le gouvernement gardait le cap. « C’est un objectif essentiel à mon sens », a-t-elle affirmé avant d’ajouter que l’Allemagne, qui s’approchait de l’objectif, se fixait un nouvel objectif : 3,5 %.

Alors qu’elle était vice-rectrice à l’Université d’Ottawa, Mona Nemer a déclaré : « Ce n’est pas normal que certains pays émergents se classent mieux que nous dans les classements internationaux. »

Qu’en dit-elle aujourd’hui, depuis que Justin Trudeau l’a promue « conseillère scientifique en chef » du Canada ? Dans le seul texte publié à ma connaissance sur le sujet dans les médias québécois depuis 10 ans (le mien, dans la page Idées du Devoir), l’historien des sciences Camille Limoges résumait la chose en ces termes : « Le Canada est un cancre depuis toujours parmi les pays industrialisés. »

Le cancre est en campagne électorale. Attendons-nous au pire.