L’offre politique de cette campagne électorale prend une tournure un peu angoissante quand on la regarde du Québec. Pour cause, les deux favoris que sont le Parti conservateur et le Parti libéral ont chacun de quoi nous effrayer advenant un gouvernement majoritaire.

Boucar Diouf Boucar Diouf
Humoriste, conteur, biologiste et animateur

Si, avec l’élection d’un gouvernement conservateur majoritaire, le Québec risque de se faire passer un tuyau, les libéraux, dans le même confort, tireront massivement sur les politiques nationalistes de la CAQ qui jouissent pourtant d’un large soutien dans la population. D’une part, il y a un favori qui veut t’enfoncer dans la gorge quelque chose que tu n’aimes pas et de l’autre, un qui cherche à t’arracher des morceaux de ton anatomie auxquels tu tiens.

Alors, Québec, que vas-tu faire le 21 octobre pour éviter que ton choix te pète dans la face ? À moins d’un miracle, il faudra choisir entre les conservateurs et les libéraux.

Le Parti conservateur, c’est Andrew Scheer et son attachement aux pipelines devenus poétiquement des corridors énergétiques dans sa rhétorique de campagne.

Le chef conservateur incarne aussi le cheval sur lequel ont misé les dinosaures de la cause environnementale, dont les Doug Ford en Ontario, Jason Kenney en Alberta, Blaine Higgs au Nouveau-Brunswick, Brian Pallister au Manitoba et Scott Moe en Saskatchewan, qui espèrent secrètement profiter de son règne pour faire un doigt d’honneur à tous ceux qui pensent que la conscience environnementale devrait toujours guider la machinerie économique. Galvanisé par ce boys' club qui rêve d’une carte du Canada nervurée d’oléoducs, Andrew, qui est pourtant le moins réfractaire aux politiques nationalistes de la CAQ, a fini par faire peur à beaucoup de Québécois avec ses croyances pro-vie et son désir irrépressible de ressusciter Énergie Est.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Vue sur le fleuve à Sept-Îles

Mais deux questions m’habitent depuis le fameux débat de TVA. Andrew réussira-t-il à sortir de son dynamisme et de son aura de servant de messe pour stopper sa chire au Québec ? Le prochain débat en français nous le dira.

Que vas-tu faire le 21 octobre pour éviter que ton choix te pète dans la face, Québec ? Entre le chef conservateur pas climato-sympathique qui avance à visage découvert et le vert pastel qui joue au vert foncé alors qu’il est Just’in peu mieux que Harper, le choix n’est pas facile.

Même si beaucoup de gens voient Andrew Scheer comme un climato-indifférent, force est de reconnaître qu’il ne fait pas semblant de jouer le bon côté de la force comme mimétique Trudeau, dont les sunny ways se sont transformées partiellement en sandy ways après l’achat d’un pipeline. Ce qui ne l’a pas pourtant empêché de venir manifester à côté de ceux qui marchaient, entre autres, pour dénoncer ses politiques.

Trudeau, c’est le gars qui a largement raté ses objectifs environnementaux pendant les quatre dernières années de bonne santé économique, mais qui promet maintenant la lune à la population dans un avenir aussi lointain et économiquement incertain que 2050.

Quand un coureur incapable de finir les quatre kilomètres veut absolument qu’on l’estime outillé pour terminer un marathon, on peut dire que la mystification n’est pas loin.

Mais, entendons-nous bien, je ne dis pas ici que Justin ne fait pas un petit effort dans la lutte contre les changements climatiques, malgré l’obstruction des Ford, Kenney et autres. Je dis simplement que sur le dossier environnemental, Trudeau brille trop ostensiblement d’une lumière artificielle, mais surtout empruntée.

Il a fallu d’ailleurs qu’on apprenne, quelques jours après sa nébuleuse rencontre avec Greta Thunberg, que le premier ministre s’offre le luxe de faire sa campagne avec deux avions parce qu’il a tout simplement acheté des crédits de carbone. Un manque de sagesse qui me rappelle cette petite histoire qui me faisait rire dans ma jeunesse. Je vous raconte.

Un jour, un propriétaire trouve un monsieur en train de pisser le long du mur extérieur de sa maison, sur lequel il avait quand même pris le temps d’inscrire : « Défense d’uriner sous peine d’une amende de 10 000 F ». Insulté, le proprio demande à l’arroseur pourquoi il s’adonnait à une incivilité aussi crasse devant les passants. L’autre finit de ranger son « corridor énergétique » dans son pantalon et de fermer sa braguette avant de lui tendre un billet de 10 000 F en expliquant : « Je me suis permis parce que j’avais le montant de l’amende dans ma poche. » Voilà un peu l’argument de Justin avec ses crédits de carbone.

Que vas-tu faire le 21 octobre pour éviter que ton choix te pète dans la face, Québec ? Entre le repenti de l’appropriation culturelle et le fervent de l’appropriation utérine, le libre choix électoral n’est pas facile non plus.

Je sais que ton vote est souvent imprévisible et irrationnel, mais cette fois-ci, la situation est plus délicate et moi, je suis de ceux qui pensent qu’à moins d’une remontée spectaculaire du NPD ou du Parti vert, seul un gouvernement minoritaire t’éviterait de subir une dérive partisane côté Trudeau ou côté Scheer. Oui, il y a des avantages à voter pour un parti qui peut prendre le pouvoir, mais il y a aussi de très bonnes raisons de choisir le Bloc, le NPD ou le Parti vert, qui peuvent servir de garde-fous contre ces abus qu’on a connus sous les années Harper et Trudeau !

Dans un pays aussi balkanisé socialement et économiquement que le Canada, on gagnerait à ne jamais donner tous les leviers du pouvoir à un seul parti. Un gouvernement minoritaire, c’est un peu comme cette muselière qui permet de ne pas avoir très peur à côté du molosse. C’est aussi une prudente façon de guider le Canada vers le chemin du juste équilibre entre économie et environnement, entre droite et gauche sociale, mais aussi entre centralisation fédérale et autonomie provinciale.

Voilà pourquoi, Québec, je crois qu’en ce rendez-vous électoral du 21 octobre, tu gagnerais beaucoup à voter avec ton cœur et pas comme la fois où il fallait absolument tasser Harper, se débarrasser du Bloc ou récompenser le gentil et très francophile Jack Layton après son passage historique à Tout le monde en parle.