La campagne électorale est lancée. Au cours des prochaines journées, nous allons être assaillis par les promesses électorales des partis politiques, par les belles paroles de leurs chefs et par les inévitables invectives personnelles entre les candidats.

Nicolas Tremblay-Fraser
Étudiant en science politique

Cela est propre à toutes les campagnes électorales. Cependant, ce qui me préoccupe aujourd’hui n’est pas lié au discours politique ou aux allégeances partisanes ; il s’agit plutôt du taux de participation au vote.

Depuis plusieurs élections tant provinciales que fédérales, le taux de participation tend à diminuer, particulièrement au sein de ma propre génération. Les jeunes ne votent pas ! On décrit souvent cette génération comme manquant d’intérêt pour la politique. Je crois qu’il ne s’agit pas d’un manque d’intérêt, mais plutôt d’un manque de confiance envers le système politique.

Pendant mes études au cégep et à l’université, j’ai rencontré plusieurs personnes qui ont activement participé à la lutte étudiante de 2012. Je leur demandais si elles avaient voté pour le Parti québécois lors des élections qui ont suivi. On m’a trop souvent répondu : « Je n’ai pas voté. »

Pourquoi avoir participé à la grève étudiante si c’est pour ne pas exercer l’action la plus simple et la plus fondamentale de notre système ?

On a tapé sur des casseroles pendant des semaines en criant des slogans sur la valeur de la démocratie et l’importance de la mobilisation citoyenne, mais faire une croix sur un morceau de papier : bof ! Trop dur. Il s’agit pour moi d’un non-sens.

Minorité de voix, majorité de sièges

De 37 à 40 %, c’est la proportion de votes nécessaires pour qu’un parti puisse former un gouvernement dans notre système électoral. Et il s’agit ici du pourcentage des gens qui ont exercé leur droit de vote. Non pas du pourcentage des gens inscrits sur la liste électorale et encore moins du pourcentage de la population totale. Une minorité de voix pour une majorité de sièges.

En octobre 2015, la population canadienne était de 33 476 688 habitants. Il y avait 25 939 742 électeurs inscrits et 17 711 983 ont exprimé leur vote, soit un taux de participation de 68,1 % (selon Élections Canada). On remarque que 8 227 759 de personnes n’ont pas voté. C’est plus que la population du Québec ; en fait, c’est plus que la population d’un bon nombre de pays dont les citoyens voudraient avoir l’occasion de voter au cours d’élections libres.

Cette situation est aberrante. Certains diront qu’ils refusent de voter pour ne pas encourager un système dans lequel ils ne se reconnaissent pas. Vous avez le droit de ne pas aimer le système, c’est votre droit. Cependant, pour changer ce système, vous devriez tout de même vous plier à l’obligation d’aller voter. Pourquoi ? Parce que sans cela, on ne pourra jamais obtenir un gouvernement réellement représentatif de la volonté du peuple.

Si vous n’allez pas voter, vous perdez sur tous les points. Il n’y aura pas de changement et vous n’aurez aucune crédibilité pour venir dire que le système ne fonctionne pas.

On ne dit pas qu’une voiture est défectueuse quand elle n’a plus d’essence, elle est simplement vide de la substance qui lui permet d’être fonctionnelle. C’est la même chose pour la démocratie : elle ne fonctionne que si les individus ont l’occasion de s’exprimer. Si vous ne vous exprimez pas, c’est vous qui créez une situation où le système est défaillant.

Le vote est l’expression la plus simpliste de toute démocratie. Alors, prenez du temps le 21 octobre pour vous exprimer en allant voter. Si vous ne vous reconnaissez dans aucun candidat, cochez toutes les cases. Vous pourrez au moins dire que vous avez participé.