Le Projet sans OGM vérifié a pris naissance en 2007 en réponse à une stratégie de communication sur les risques de la biotechnologie qui a laissé tomber les consommateurs. Aujourd’hui, c’est à son tour de faire face à la critique.

Sylvain Charlebois Sylvain Charlebois
Collaboration spéciale

La plupart des consommateurs reconnaissent les logos du Projet sans OGM vérifié sur le pain et sur de nombreux autres produits alimentaires à l’épicerie.

Aujourd’hui, en Amérique du Nord, le logo se retrouve sur plus de 50 000 produits alimentaires qui génèrent des ventes au détail de plus de 30 milliards de dollars. Les feuilles bleues et le papillon orange se retrouvent littéralement partout et les logos se répandent depuis 2007.

PHOTO DANIEL ACKER, ARCHIVES BLOOMBERG

Le logo du Projet sans OGM vérifié (« Non GMO Project », en anglais) se retrouve sur plus de 50 000 produits alimentaires.

Le premier produit portant le logo s’est vendu sur le marché en 2010, il y a à peine neuf ans. Les OGM, ou organismes génétiquement modifiés, ont suscité de vives critiques depuis leur apparition dans la chaîne alimentaire en 1994. Les opposants aux OGM exhortent régulièrement les consommateurs à choisir des produits arborant le papillon orange. Mais maintenant, le programme de vérification lui-même commence à recevoir son lot de critiques.

Un OGM est une plante ou un animal dont la constitution génétique a été modifiée dans un laboratoire. La plupart des organismes dans la nature sont génétiquement modifiés, mais les biotechnologies créent des combinaisons génétiques que nous ne verrions normalement pas dans la nature. Cela constitue l’une des principales raisons pour lesquelles de nombreux consommateurs ne se sentent pas à l’aise avec le concept de génie génétique. Ce n’est pas naturel et plusieurs critiques affirment même qu’il faudrait proscrire les OGM. Tout cela se fait dans des laboratoires obscurs, sans le consentement du consommateur.

Des OGM partout

Les cultures transgéniques, telles que le canola, le maïs et le soja, se retrouvent partout. Comme les États-Unis et le Canada ont tous deux un régime d’étiquetage volontaire pour les ingrédients alimentaires génétiquement modifiés, il devient presque impossible pour quiconque de les éviter. Passer à l’agriculture biologique devient la seule option, mais elle coûte de 20 à 30 % de plus à l’achat.

Le manque d’information sur les étiquettes a incité le marché à aller dans une direction complètement opposée. Le Projet sans OGM vérifié, une organisation à but non lucratif de Bellingham, dans l’État de Washington, résulte essentiellement d’une stratégie médiocre de communication des risques du secteur des biotechnologies. Les sociétés de biotechnologie, telles que Bayer et BASF, ont vendu pendant des années leurs produits aux agriculteurs sans trop prendre en compte les consommateurs et l’acceptabilité sociale de la biotechnologie.

Le Projet sans OGM a pourtant ses défauts. Le logo du Projet sans OGM vérifié signifie essentiellement deux choses. Premièrement, il implique que le fabricant ou la société derrière le produit alimentaire a payé pour que son produit soit « vérifié » par l’organisme à but non lucratif.

Deuxièmement, le produit a obtenu le sceau d’approbation si les séquences génétiquement modifiées ne dépassent pas un certain seuil.

Le mot « seuil » est la clé ici. Le groupe utilise une méthode appelée test de réaction en chaîne polymérase (PCR) pour analyser les séquences d’ADN de produits alimentaires. Le logo du Projet sans OGM vérifié ne signifie pas que le produit ne contient pas d’OGM. Il indique plutôt que le produit alimentaire contient peu d’OGM, mais en raison de défis méthodologiques, le groupe ne peut garantir qu’un produit est effectivement sans OGM. La mention se retrouve même sur le site web de l’organisation.

Mais la plupart des Canadiens ne savent pas ce que signifient réellement ces logos. Une décennie plus tard, leur présence sur des milliers de produits alimentaires ne fait que semer la confusion. La FDA américaine a récemment avisé l’industrie de son intention de mettre un frein à ce type de situation dans l’industrie alimentaire. Et pour la FDA, le Projet sans OGM constitue dorénavant une priorité.

Certaines entreprises alimentaires commencent déjà à se demander si le prix en vaut la chandelle. Le Projet sans OGM, qui génère des revenus de plus de 2 millions de dollars, a apposé son logo sur toutes sortes de produits, y compris le sel, l’eau et même le jus d’orange. Non seulement le sel et l’eau ne peuvent pas être génétiquement modifiés, mais de nombreux consommateurs canadiens ne savent pas qu’il n’existe aucune orange génétiquement modifiée sur le marché. 

L’ajout du logo sur des produits qui ne pourraient jamais contenir d’ingrédients génétiquement modifiés n’aide en rien.

Néanmoins, le Projet sans OGM vérifié n’est guère à blâmer. L’organisme a tout simplement tenté de combler un vide informatif qui prévalait sur le marché. Les consommateurs doivent prendre des décisions éclairées lors de l’achat d’aliments et le groupe a cherché à mettre en place un système d’étiquetage clair.

Cela a fonctionné pendant un certain temps, mais le fanatisme qui a poussé le groupe à faire des erreurs a rendu son programme plus vulnérable. Avec le possible échec du Projet sans OGM vérifié, nous pourrions revenir à la case départ. Tant que notre gouvernement n’aura pas décidé d’adopter une démarche d’étiquetage obligatoire, les consommateurs continueront malheureusement de faire leurs achats à l’aveuglette.

* Sylvain Charlebois est professeur de distribution et politiques agroalimentaires à l’Université Dalhousie